Le revers : valeur, millésime et lettre d’atelier
Le revers de cette pièce de 20 francs Napoléon frappée entre 1804 et 1805 adopte une composition simple et lisible, héritée des monnaies républicaines de l’an XI. La couronne de laurier occupe le centre du champ, fermée en haut et ouverte en bas, contenant en son milieu l’inscription « 20 FRANCS » sur deux lignes. Au-dessus de la couronne figure le millésime, exprimé selon le calendrier révolutionnaire : « AN 13 » pour les pièces datées 1804, « AN 14 » pour celles de 1805. Sous la couronne, dans l’exergue, se trouve la lettre d’atelier, c’est-à-dire l’initiale qui identifie le lieu de fabrication : A pour Paris, I pour Limoges, T pour Nantes, Q pour Perpignan, W pour Lille et U pour Turin. Le tout est bordé d’un grènetis, ce chapelet de petits points en relief qui protège le listel des frottements. Cette disposition permettait à quiconque, même illettré, de reconnaître d’un coup d’œil la valeur de la pièce.
Une frappe impériale dans le sillage du Consulat
Le 20 francs or « Tête nue » naît dans une période charnière. Napoléon Bonaparte, consul à vie depuis 1802, est proclamé empereur le 18 mai 1804, et le sacre se déroule le 2 décembre de la même année. La réforme monétaire de germinal an XI (1803) a fixé le franc comme unité de compte et défini le rapport légal entre l’or et l’argent. La pièce de 20 francs, équivalent direct du louis d’or d’Ancien Régime, devient la pièce d’or de référence. Le type « Tête nue » correspond aux premières émissions impériales, avant que le profil ne soit modifié. Les monnaies datées de l’an 13 et de l’an 14 circulent donc dans une France qui passe d’un régime consulaire à un empire, et le calendrier républicain encore en usage sur ces pièces témoigne de cette transition.
Le portrait de l’empereur et la signature du graveur
L’avers montre la tête nue de Napoléon tournée vers la droite, le col relevé et les cheveux courts. Autour du portrait court la légende « NAPOLEON EMPEREUR », et sous la troncature du cou figure la signature du graveur. Pour ce type, il s’agit de Pierre-Joseph Tiolier, graveur général des monnaies depuis 1803 [À VÉRIFIER]. La qualification « Tête nue » sert à distinguer ce portrait des types postérieurs où l’empereur porte une couronne de laurier, comme le type « Tête laurée » qui lui succède. Le dessin s’inscrit dans la continuité du portrait de premier consul, dont il reprend la gravure de profil, mais la légende change pour refléter le nouveau titre.
Le calendrier révolutionnaire sur une pièce impériale
Ce qui frappe sur ce 20 francs Napoléon 1804, c’est la coexistence du calendrier révolutionnaire et du titre impérial. L’avers proclame « NAPOLEON EMPEREUR », mais le revers porte « AN 13 » ou « AN 14 ». Le calendrier républicain, instauré en 1793, comptait les années à partir du 22 septembre 1792, date de proclamation de la République. L’an 13 débute le 23 septembre 1804 et s’achève le 22 septembre 1805. Les pièces frappées en 1804 portent donc l’an 13, celles de 1805 l’an 14. Le calendrier grégorien ne sera rétabli sur les monnaies qu’à partir de 1806. Cette particularité rend les millésimes de cette variante relativement courts à identifier pour un collectionneur qui s’intéresse aux 20 francs Napoléon.
Des ateliers nombreux, des tirages très inégaux
La fabrication se répartit sur six ateliers. Paris concentre l’essentiel de la production avec 518 217 exemplaires en l’an 13 et 148 176 en l’an 14. Les autres ateliers affichent des volumes bien plus modestes : 912 pièces à Nantes en 1804, 516 à Perpignan la même année, 1 628 à Limoges et 2 688 à Perpignan en 1805, 1 743 à Turin. Deux ateliers, Lille et Limoges pour 1804, n’ont pas de tirage connu. Le total recensé atteint 673 880 exemplaires, ce qui reste limité pour une pièce destinée à circuler largement. Les écarts entre ateliers s’expliquent par la proximité des centres économiques et par la priorité donnée à Paris pour l’approvisionnement en or. Un collectionneur qui cherche un 20 francs Napoléon atelier A aura bien plus de choix qu’un amateur de la lettre Q de Perpignan.
Variantes et points d’examen
Les collectionneurs examinent plusieurs éléments sur cette pièce. La tranche, d’abord, qui porte l’inscription « DIEU PROTEGE LA FRANCE » et dont l’état influe sur la netteté générale. La lettre d’atelier ensuite, car certaines lettres sont rares du fait de tirages faibles. Pour Perpignan en 1805, la documentation signale deux variantes, probablement liées à des retouches de coin ou à des positions différentes de la lettre Q. Le millésime révolutionnaire, an 13 ou an 14, constitue également un critère de classement. Enfin, l’usure du portrait et la présence ou l’absence de grènetis complet sur le pourtour renseignent sur la qualité de frappe. Les amateurs de pièces de 20 francs Napoléon 1804 recherchent souvent les exemplaires dont le listel est intact et dont le relief du visage impérial est net. La frappe au balancier de l’époque explique de légères variations de centrage d’un exemplaire à l’autre pour un même atelier.