La pièce de 5 francs Napoléon Empereur frappée en 1815, dite des Cent-Jours, est une monnaie en argent de 25 grammes émise pendant les quelques semaines du retour de Napoléon Ier au pouvoir, entre mars et juin 1815. Elle reprend le type créé en 1809 par le graveur Jean-Pierre Droz et se distingue des millésimes précédents par son atelier de fabrication et par son contexte politique, celui d’un règne qui ne durera que cent jours. Huit ateliers français ont participé à sa production, pour un tirage total connu de 1 383 888 exemplaires.
Le buste de l’Empereur, tourné vers la gauche
L’avers, c’est-à-dire la face principale de la monnaie, porte le portrait de Napoléon Ier en buste, la tête ceinte de la couronne de laurier. Le traitement est celui d’un empereur romain : cheveux courts et peignés en mèches parallèles, visage de profil, regard tourné vers la gauche du flan. Autour du buste court la légende « NAPOLEON EMPEREUR », en lettres capitales, et sous le cou, en petits caractères, la signature du graveur. Le listel, cette bordure en relief qui fait le tour de la pièce, est dentelé d’un grènetis fin.
Ce portrait n’est pas une création de 1815. Il vient du type dit à la tête laurée, dessiné par Jean-Pierre Droz sous le Premier Empire [À VÉRIFIER : datation précise du type]. Droz était alors graveur général des monnaies, et son effigie de l’Empereur couronné s’est imposée sur les pièces de 5 francs à partir de 1809 environ. En 1815, les graveurs des différents ateliers ont réutilisé ce dessin existant, parfois avec de légères retouches locales qui expliquent les variantes observées d’un atelier à l’autre.
Un revers hérité du système décimal de l’an XI
Le revers porte au centre la valeur faciale « 5 FRANCS » inscrite dans une couronne de laurier nouée à sa base. Au-dessus, en légende circulaire, figure « EMPIRE FRANÇAIS ». En bas, dans l’exergue, c’est-à-dire l’espace situé sous le motif principal et séparé de lui par une ligne, on lit le millésime « 1815 », encadré de part et d’autre par le différent d’atelier et la lettre ou le symbole identifiant l’atelier de fabrication. Cette organisation du revers découle du système monétaire décimal institué sous le Consulat, qui fixe le franc à 5 grammes d’argent à 900 millièmes et organise la frappe de pièces de 5 francs, 2 francs, 1 franc et de leurs subdivisions. Le poids de 25 grammes et le diamètre de 37 millimètres de notre pièce en découlent directement.
Huit ateliers pour un règne de cent jours
La production de la pièce de 5 francs Napoléon Empereur 1815 s’est répartie sur huit ateliers monétaires, ce qui explique la diversité des lettres et différents que l’on rencontre sur le revers. Paris, atelier principal, a frappé 473 130 exemplaires sous la lettre A. Limoges, avec 596 076 pièces, dépasse Paris en volume, ce qui peut surprendre pour un atelier de province. Bayonne (L) suit avec 96 584 exemplaires, Rouen (B) avec 93 044, Toulouse (M) avec 79 685 pièces réparties en deux variantes. Lille (W) affiche 21 166 exemplaires, Perpignan (Q) 20 486, et Strasbourg (BB) seulement 3 717. Ce dernier tirage, le plus faible de tous, attire logiquement l’attention des collectionneurs.
L’atelier de Strasbourg avait déjà frappé des monnaies sous l’Empire, mais sa production de 1815 reste marginale à l’échelle nationale, à peine 0,3 % du total. Le total de 1 383 888 exemplaires pour l’ensemble des ateliers reste modeste comparé aux 5 francs de types Napoléon frappés lors des années pleines du Premier Empire, où certains millésimes dépassent plusieurs millions d’exemplaires. La brièveté du retour au pouvoir explique ce volume réduit.
Ce que les collectionneurs regardent sur une 1815
Plusieurs éléments distinguent les exemplaires entre eux. La lettre d’atelier au revers est le premier critère : une pièce de 5 francs Napoleon Empereur atelier A ne se recherche pas dans les mêmes conditions qu’un exemplaire de Strasbourg. Sur les monnaies de 1815, la frappe a parfois été faite à la hâte, avec des coins usés ou repris, ce qui produit des reliefs plus mous, des écrasements sur certains motifs et des variantes de ponctuation dans les légendes.
La tranche porte l’inscription en creux « DIEU PROTEGE LA FRANCE », disposition héritée des émissions impériales et conservée en 1815. Cette tranche, avec ses reliefs en creux, est un élément difficile à falsifier et l’un des points que l’on examine pour authentifier une pièce. Les deux variantes recensées à Toulouse se distinguent par des différences de gravure, souvent au niveau de la couronne ou de la légende, et sont référencées séparément dans les ouvrages spécialisés.
Certains ateliers présentent des particularités de gravure locales, comme des lettres plus larges, des points ou des symboles de différent différents d’un atelier à l’autre. Ces détails, souvent invisibles à l’œil nu, nécessitent une loupe ou une photographie rapprochée pour être identifiés, ce qui explique l’usage de vues en 3D ou de macrophotographies pour les décrire.
Après les Cent-Jours, le retour des Bourbons
La défaite de Waterloo en juin 1815 met fin à la seconde abdication de Napoléon et au régime impérial. Louis XVIII revient sur le trône et le type monétaire change : les pièces de 5 francs frappées sous la Restauration portent le buste du roi avec la légende « LOUIS XVIII ROI DE FRANCE », et non plus l’effigie impériale. Les émissions de 1815 restent donc la dernière production du type Napoléon Empereur avant les types de la monarchie de Juillet et du Second Empire. Les 5 francs au buste de Napoléon réapparaissent plus tard, sous Napoléon III, mais avec un dessin différent.
Les exemplaires de 1815 encore en circulation après la chute de l’Empire ont continué à circuler quelques années, avant d’être progressivement retirés ou thésaurisés. Aujourd’hui, une pièce de 5 francs Napoléon Empereur des Cent-Jours est recherchée pour son contexte historique autant que pour sa rareté relative selon l’atelier, et les exemplaires de Strasbourg ou de Perpignan figurent parmi les plus difficiles à trouver dans les collections publiques comme privées.