La pièce de 10 cent Napoléon en billon au N couronné est une monnaie divisionnaire du Premier Empire frappée de 1807 à 1810, destinée aux menus paiements quotidiens dans une France qui manquait cruellement de petite monnaie depuis la Révolution. Produite dans neuf ateliers répartis sur tout le territoire, elle totalise près de 33 millions d’exemplaires connus, ce qui en fait l’une des espèces les plus courantes du règne de Napoléon Ier. Les collectionneurs la recherchent aujourd’hui autant pour la variété de ses lettres d’atelier que pour les multiples retouches de coin qui traversent ses quatre années de frappe.
Un revers au N couronné, sans effigie impériale
Le revers de cette pièce de 10 cent Napoléon 1807 et des millésimes suivants porte un motif qui rompt avec les usages monarchiques : un grand N majuscule, initiale de Napoléon, surmonté d’une couronne impériale fermée. Le tout est entouré de la légende « EMPIRE FRANÇAIS » et, en exergue, du millésime. Aucun portrait, aucune allégorie. Le message politique passe par le symbole seul, ce qui distingue radicalement cette monnaie des pièces de 5 francs ou de 20 francs au buste de l’Empereur. Le N couronné se lit comme une signature impériale condensée, compréhensible même par une population largement analphabète.
Sous la couronne, le champ reste libre de tout autre ornement. Le grènetis, cette petite chaîne de points qui borde le listel (le bourrelet circulaire en périphérie de la pièce), encadre proprement le motif. La lettre d’atelier, quand elle existe, se loger dans l’espace laissé libre sous le N ou à côté du millésime selon les émissions. Sur certaines années, deux variantes de revers coexistent pour un même atelier, comme à La Rochelle en 1809 où l’on distingue deux positions différentes de la lettre H [À VÉRIFIER sur la nature exacte des deux variantes].
Ce revers au N couronné n’est pas propre au 10 centimes. On le retrouve sur d’autres coupures divisionnaires de la même période, ce qui crée une cohérence visuelle dans le porte-monnaie du Français de 1808 : les petites pièces parlent toutes le même langage symbolique.
La lente reconstruction d’une monnaie divisionnaire
Quand Napoléon accède au pouvoir, la France sort de plus d’une décennie de chaos monétaire. Les assignats ont ruiné la confiance, et les petites coupures métalliques ont largement disparu de la circulation, thésaurisées ou fondues. Le Directoire puis le Consulat tentent de rétablir un système cohérent, mais les pièces de billon, cet alliage de cuivre et d’une faible proportion d’argent, restent insuffisantes en nombre. Le billon est un métal peu noble, ce qui permet de frapper des monnaies de faible valeur sans mobiliser l’argent fin réservé aux grosses coupures.
La création du franc germinal en 1803 (an XI) pose les bases de ce qui deviendra le système monétaire le plus stable d’Europe pendant plus d’un siècle. Le 10 centimes y trouve naturellement sa place, entre le 5 centimes en cuivre et le quart de franc en argent. La décision de frapper un 10 centimes en billon au N couronné s’inscrit dans cette architecture : une pièce assez légère pour circuler sans difficulté, assez solide pour résister à des années de usage, et assez peu précieuse pour qu’on ne la fonde pas.
Les premières frappes de 1807 à Paris (atelier A) inaugurent la série. Le tirage exact de cette année-là reste inconnu, ce qui est fréquent pour les débuts d’un type monétaire.
Une pièce de poche, pas de coffre-fort
Avec ses 2 grammes et ses 18 millimètres, le 10 centimes en billon est une pièce discrète. Sa taille modeste correspond à son rôle : payer le pain, un verre de vin, quelques légumes au marché. Dans une économie où le franc se divisait en 100 centimes, dix centimes représentaient une fraction significative du budget quotidien d’un ouvrier. Un salaire journalier de trois francs [À VÉRIFIER selon les métiers et les régions] se composait en pièces de toutes tailles, et le 10 centimes servait à ajuster les paiements au plus près.
Sa couleur grisâtre, due au billon, le distinguait immédiatement des pièces en argent blanc et des pièces en cuivre rouge. Marchands et clients reconnaissaient sa valeur au toucher, presque sans regarder. Cette familiarité explique en partie l’usure fréquente des exemplaires qui nous parviennent : ces pièces ont beaucoup circulé, souvent pendant des décennies après leur frappe.
Le graveur et l’origine du type au N couronné
Le dessin du revers est attribué à Pierre-Joseph Tiolier [À VÉRIFIER], graveur général des monnaies sous le Consulat et l’Empire. Tiolier avait déjà travaillé sur les monnaies de la période révolutionnaire et consulaire, et il connaissait les contraintes techniques du billon : un métal dur qui use rapidement les coins et supporte mal les reliefs trop fins.
Le choix du N couronné plutôt qu’un portrait répond à plusieurs impératifs. D’abord, la petite taille de la pièce rendrait un buste impérial illisible. Ensuite, le coût de gravure d’un coin complexe aurait ralenti une production de masse. Enfin, le symbole dynastique du N couronné permettait de marquer durablement les esprits sans mobiliser les graveurs les plus habiles, réservés aux monnaies d’or et d’argent. Tiolier reprend ici une tradition établie sous l’Ancien Régime, où les monnaies divisionnaires portaient souvent un motif simple plutôt qu’un portrait royal.
Ce type au N couronné sera abandonné après 1810 au profit d’un nouveau revers, mais il aura marqué les premières années de l’Empire.
Neuf ateliers, des volumes très inégaux
La production du 10 cent Napoléon au N couronné s’étale sur quatre années et neuf ateliers : Paris (A), Rouen (B), La Rochelle (H), Limoges (I), Toulouse (M), Perpignan (Q), Nantes (T), Lille (W) et Strasbourg (BB). Chaque atelier apposait sa lettre sur le coin, ce qui permet aujourd’hui d’identifier l’origine de chaque exemplaire.
Paris domine largement. En 1808, l’atelier A frappe 6 267 644 pièces, et en 1809, 7 527 115. À elle seule, la capitale produit plus de la moitié du total connu pour cette série. Limoges (I) suit avec des volumes importants : 3 472 159 en 1809 et 3 065 358 en 1810. Lille (W) et Strasbourg (BB) dépassent le million certaines années, tandis que Rouen (B) et Toulouse (M) se maintiennent autour de 800 000 à 1 200 000.
À l’inverse, Nantes (T), La Rochelle (H) et Perpignan (Q) frappent des quantités beaucoup plus faibles. Nantes ne dépasse jamais 183 588 exemplaires en une année, et La Rochelle reste sous les 700 000. Perpignan affiche 555 231 en 1809 mais seulement 129 985 en 1810. Ces écarts reflètent la densité de population, l’activité économique locale et la proximité des ateliers concurrents. Les tirages de 1807 à Paris et de 1808 à Perpignan, ainsi que ceux de 1810 à Paris et Strasbourg, restent inconnus, ce qui complique l’établissement d’un total définitif.
L’année 1810 marque la fin de ce type. Les ateliers de Lille, Limoges, Toulouse et Strasbourg cessent la frappe après 1809 ou ne produisent plus en 1810, tandis que Paris et Rouen continuent jusqu’à la transition vers le nouveau revers.
Ce que les collectionneurs regardent sur un 10 centimes au N couronné
La première chose qui saute aux yeux sur un 10 cent Napoléon atelier A ou BB, c’est l’état de conservation. Le billon s’use vite, et les pièces ayant circulé longtemps perdent leurs reliefs les plus fins. La couronne impériale, en particulier, s’aplatit et devient difficile à lire sur les exemplaires les plus fatigués.
Les variantes de coin intéressent beaucoup les spécialistes. En 1809, La Rochelle présente deux variantes pour un même millésime, probablement issues de coins gravés à des moments différents ou par des graveurs différents. La position de la lettre d’atelier, la forme du N, la hauteur de la couronne varient d’un atelier à l’autre et parfois d’une émission à l’autre au sein du même atelier.
La tranche, lisse sur cette pièce, ne présente pas de motif particulier, ce qui la distingue des monnaies plus importantes où la tranche peut porter des inscriptions. Les collectionneurs vérifient aussi la présence ou l’absence de grènetis, certains exemplaires mal frappés ou usés en étant dépourvus sur une partie du pourtour. Enfin, les faux d’époque ou les imitations étrangères existent [À VÉRIFIER pour cette coupure précise], et la qualité du métal reste un indice.
Le nombre d’ateliers et la variété des tirages font de cette série un terrain de collection accessible. Les pièces de Paris et de Limoges sont courantes, celles de Nantes ou de Perpignan beaucoup plus rares, ce qui crée des niveaux de difficulté variés pour qui veut compléter un ensemble par atelier et par année.