La pièce de 1 décime Napoléon au N couronné frappée en 1814 à Strasbourg est une monnaie de bronze du Premier Empire, émise dans les derniers mois du règne de Napoléon Ier alors que la France traverse une crise militaire et monétaire profonde. Elle appartient à la série des décimes lourds, ces pièces de 25 grammes dont le poids imposant devait restaurer la confiance dans le billon et le bronze après des années d’inflation. Le millésime 1814, produit uniquement à l’atelier de Strasbourg (lettre BB), compte 361 558 exemplaires répartis en cinq variantes connues.
Ce que représentait un décime dans une bourse de 1814
Un décime vaut dix centimes, soit la dixième partie d’un franc. Pour situer les choses, le franc germinal créé en 1803 repose sur une définition stricte : 5 grammes d’argent au titre de 900 millièmes. Le décime, lui, est une monnaie divisionnaire de bronze, destinée aux petites transactions du quotidien.
En 1814, une livre de pain à Paris tourne autour de 40 à 50 centimes selon les périodes de l’année [À VÉRIFIER]. Un ouvrier parisien gagne environ 2 à 3 francs par jour [À VÉRIFIER]. Avec un décime, on achète donc peu : quelques légumes, un verre de vin ordinaire, un journal, ou une place assise dans un omnibus n’existe pas encore. La pièce de 1 décime Napoléon 1814 sert surtout à rendre la monnaie, à compléter un salaire versé en pièces de un ou cinq francs, à régler les menues dépenses du marché. Son poids de 25 grammes pour une valeur si faible surprend aujourd’hui. Dans les mains de l’époque, c’est au contraire un gage de solidité : le bronze ne vaut presque rien en lui-même, mais une pièce lourde se falsifie moins facilement et s’use plus lentement qu’un jeton léger.
Les décimes lourds circulent dans un contexte d’incertitude extrême. Les armées coalisées entrent en France en janvier 1814, Paris capitule fin mars, Napoléon abdique en avril. La monnaie frappée cette année-là porte donc à la fois la marque d’un Empire qui se croit encore durable et celle d’un effondrement imminent.
Un revers qui proclame l’Empire plus qu’il ne décrit la pièce
Le revers de cette monnaie porte la valeur faciale en son centre : « DIX CENTIMES » ou « UN DÉCIME » selon les variantes [À VÉRIFIER]. Autour, la légende impériale reprend la formule « EMPIRE FRANÇAIS » accompagnée du millésime 1814. Le tout est enfermé dans une couronne de laurier, symbole de victoire et de pouvoir, dont les branches se nouent en bas.
La lettre d’atelier BB figure en exergue, sous la couronne. C’est le code utilisé par la Monnaie pour identifier Strasbourg, l’un des ateliers régionaux qui frappent encore pendant les guerres napoléoniennes. Le grènetis, ce chapelet de petits points qui borde le listel, protège la pièce de l’usure en rendant plus difficile le rognage du métal sur le pourtour.
Cinq variantes existent pour ce seul millésime et cet atelier unique. Elles portent sur des détails de gravure, la position des différents du directeur et du graveur, parfois l’orthographe de la légende. Un collectionneur qui cherche un 1 décime Napoléon atelier BB 1814 doit donc vérifier ces marques avant de considérer sa pièce comme complète.
L’avers : le N couronné, une allégorie plus qu’un portrait
Contrairement aux pièces de un et cinq francs qui montrent le profil de Napoléon signé par le graveur général Pierre-Joseph Tiolier [À VÉRIFIER], le décime de 1814 ne porte pas d’effigie. Son avers affiche un grand N majuscule, sommé d’une couronne impériale fermée, entouré de la légende « NAPOLEON EMPEREUR ». Cette formule allégorique remplace le portrait depuis les réformes monétaires de l’an XI (1803) pour les divisions en bronze et en billon.
Le N couronné a l’avantage de se graver facilement sur des flancs de bronze destinés à une circulation intense. Il évoque le souverain sans exiger la finesse d’un portrait, et il résiste mieux à l’usure qu’un visage dont les traits s’effacent vite. Plusieurs ateliers utilisent ce type entre 1803 et 1814, avec des variantes locales dans le dessin de la couronne ou la forme du N.
Le dessin de l’avers pour ce type est généralement attribué à Tiolier ou à son entourage, mais l’attribution précise pour les variantes strasbourgeoises de 1814 demande une vérification en collection de référence [À VÉRIFIER].
Strasbourg, un atelier qui frappe encore quand l’Empire s’effondre
Strasbourg est l’un des ateliers monétaires les plus actifs de l’est de la France. Sa production de décimes en 1814 représente 361 558 pièces, un volume modeste comparé aux millions frappés à Paris pendant les années fastes, mais considérable pour un atelier régional en temps de guerre.
En 1814, la logistique est perturbée. L’approvisionnement en cuivre est incertain, les communications avec Paris sont coupées par l’invasion, et les ateliers doivent parfois improviser avec les flans disponibles. Ces conditions expliquent en partie la multiplication des variantes pour un même millésime : quand les coins s’usent ou se brisent, on en grave de nouveaux sans toujours respecter strictement le modèle initial.
La lettre BB identifie clairement l’origine. Pour un collectionneur, elle est un élément d’identification immédiat et un critère de recherche précis. Les décimes de Strasbourg 1814 ne se confondent pas avec ceux de Paris (A), de Lyon (D) ou d’autres ateliers qui frappent encore cette année-là.
Après 1814, la fin du décime lourd
La chute de l’Empire en avril 1814 interrompt la frappe. La Première Restauration, puis les Cent-Jours, puis la Seconde Restauration modifient les types monétaires. Louis XVIII fait reprendre la frappe de décimes, mais avec des modules et des poids revus à la baisse. Le décime lourd de 25 grammes, trop coûteux à produire pour une valeur faciale aussi faible, disparaît progressivement au profit de pièces plus légères.
La Monnaie de Paris et les ateliers de province réorganisent leur production dans les années 1820. Le décime lui-même finit par être remplacé par des pièces de un centime, deux centimes et cinq centimes en bronze, plus adaptées aux besoins du commerce. Le souvenir du décime lourd Napoléon 1814 reste attaché à une période charnière : celle où la France impériale frappait encore de la monnaie de confiance pendant que ses frontières s’effondraient. Les 361 558 exemplaires sortis de Strasbourg cette année-là constituent aujourd’hui une série recherchée pour ses variantes et pour la fenêtre historique qu’elle documente.