La pièce de 5 francs Napoléon Empereur au calendrier révolutionnaire est une pièce d’argent de 25 grammes frappée de 1803 à 1805, sous le Premier Empire, dans quinze ateliers monétaires français et piémontais. Elle porte au revers le millésime exprimé selon le calendrier républicain, une particularité qui la distingue des 5 francs Napoléon Empereur à date grégorienne. Frappée à près de dix millions d’exemplaires, elle matérialise le retour à une monnaie métallique stable après les assignats et la réforme du franc germinal.
Le franc germinal remplace le désordre monétaire
La loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803) [À VÉRIFIER] fixe l’unité monétaire française sur une base argent : le franc vaut 5 grammes d’argent au titre de 9/10, soit 4,5 grammes de métal fin. Cette définition, dite du franc germinal, reste en vigueur jusqu’en 1928. Elle met fin à une période de perturbations où se côtoyaient assignats dépréciés, mandats territoriaux et monnaies divisionnaires de qualité inégale.
Le Consulat puis l’Empire ont besoin d’une monnaie qui inspire confiance dans tout le territoire, y compris dans les départements annexés. La création de la pièce de 5 francs s’inscrit dans cette entreprise de normalisation. Sur le plan symbolique, la présence du portrait de Napoléon Bonaparte à l’avers marque une rupture avec les monnaies révolutionnaires, qui privilégiaient des allégories républicaines et évitaient l’effigie d’un homme. Cette pièce de 5 francs Napoléon Empereur 1803 est donc à la fois un instrument économique et un support de propagande impériale.
Napoléon en empereur romain sur l’avers
L’avers porte l’effigie de Napoléon de profil à droite, la tête ceinte de lauriers. La légende circulaire affiche « NAPOLEON EMPEREUR ». Sous le buste figure la signature du graveur, un bonnet ou un différent selon les ateliers [À VÉRIFIER]. Le dessin s’inspire des monnaies romaines impériales, et le choix du laurier renvoie explicitement au modèle antique.
Le portrait s’accompagne d’un grènetis, cette couronne de petits points en relief qui borde la pièce et protège le motif de l’usure. Le listel, bourrelet saillant sur la tranche, complète la finition. Les collectionneurs distinguent plusieurs états du buste, notamment des retouches sur la chevelure et sur la légende selon les ateliers. La variante au calendrier révolutionnaire partage cet avers avec les frappes à date grégorienne, ce qui explique que les deux types circulent en parallèle.
Un revers républicain pour une monnaie impériale
Le revers présente la valeur faciale « 5 FRANCS » entourée de deux branches, l’une de laurier, l’autre d’olivier, nouées à leur base. La légende circulaire indique « REPUBLIQUE FRANCAISE ». Le millésime figure dans l’exergue, espace situé sous le motif central, et suit le calendrier républicain : AN 12, AN 13, AN 14 selon l’année de frappe [À VÉRIFIER].
Cette coexistence d’une légende républicaine et d’un empereur à l’avers peut surprendre. Elle reflète l’ambiguïté institutionnelle des premières années du régime : le Sénat proclame l’Empire en mai 1804, mais la fiction républicaine demeure dans les textes et sur les monnaies jusqu’à une date que les sources situent en 1804 ou 1805 [À VÉRIFIER]. La lettre d’atelier, ou différent, apparaît également au revers, généralement près de la date ou dans le champ. Cette lettre permet d’identifier l’origine de la frappe : A pour Paris, L pour Bayonne, K pour Bordeaux, MA pour Marseille, entre autres.
Quinze ateliers, des volumes très inégaux
La fabrication s’étend sur quinze ateliers : Bayonne, Bordeaux, Genève, La Rochelle, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Nantes, Paris, Perpignan, Rouen, Strasbourg, Toulouse et Turin. Genève et Turin correspondent à des départements annexés, respectivement le Léman et le Pô. Le tirage total connu atteint 9 850 495 exemplaires, mais la répartition est très déséquilibrée.
Paris concentre l’essentiel de la production avec 5 118 919 pièces en l’an 12 et 1 854 305 en l’an 13. Toulouse suit avec 1 546 082 exemplaires en 1804. À l’opposé, Nantes ne frappe que 626 pièces en 1805, Rouen 4 895 en 1804, Strasbourg 825 en 1805. Ces écarts traduisent la taille variable des ateliers et l’ajustement de la production aux besoins locaux de circulation.
L’année 1804 (an 12) domine largement, avec la quasi-totalité des frappes. L’année 1803 ne connaît qu’une émission parisienne dont le tirage reste inconnu. L’année 1805 (an 13 ou 14 selon les computs) voit les volumes chuter dans presque tous les ateliers, parfois à quelques centaines d’exemplaires, ce qui annonce la transition vers le type à date grégorienne.
Ce que 5 francs représentaient pour un ouvrier
Cinq francs représentent une somme considérable pour un travailleur du début du XIXe siècle. Le salaire journalier d’un ouvrier non qualifié se situe alors autour d’un à deux francs [À VÉRIFIER], ce qui signifie que cette pièce correspond à plusieurs jours de travail. Elle sert davantage aux transactions importantes qu’aux achats quotidiens : règlement de loyers, achats de gros, paiements entre commerçants.
Son poids de 25 grammes d’argent en fait une pièce lourde, qui ne circule pas dans les petites bourses. Les échanges ordinaires se font en pièces divisionnaires de 1 franc, 50 centimes et moins. La pièce de 5 francs Napoléon Empereur atelier A, frappée à Paris, reste aujourd’hui la plus fréquente sur le marché de la collection, précisément parce que Paris a produit plus de la moitié du total.
Tranche, variantes et points d’attention
La tranche porte l’inscription « DIEU PROTEGE LA FRANCE » en creux, avec des feuilles de laurier ou d’olivier intercalées selon les émissions [À VÉRIFIER]. Ce détail, invisible de face, constitue l’un des premiers critères d’authentification pour les collectionneurs. Les contrefaçons d’époque ou modernes présentent souvent une tranche lisse ou une inscription mal formée.
Les variantes signalées pour Bordeaux en 1804 (deux types) portent probablement sur des retouches de coin, visibles dans la position d’un élément du buste ou de la légende. Les lettres d’atelier MA (Marseille) et BB (Strasbourg) se rencontrent moins souvent que le A parisien, ce qui explique l’intérêt qu’elles suscitent. Le millésime en chiffres romains du calendrier républicain, minoritaire dans la production totale, reste le principal marqueur de cette variante par rapport aux frappes ultérieures à date grégorienne.
Les collectionneurs examinent aussi l’usure du listel, la netteté du grènetis et la présence de coups sur la tranche. Une pièce ayant circulé longtemps perd de sa netteté sur les points hauts du portrait : mèches de cheveux, feuilles de laurier, sommet du front. Ces critères, combinés à la rareté de l’atelier, déterminent la classification en collections.
La réforme de 1805-1806 [À VÉRIFIER] fait évoluer le type vers une légende impériale complète au revers, avec la mention « EMPIRE FRANCAIS » remplaçant « REPUBLIQUE FRANCAISE », et un millésime grégorien. La pièce de 5 francs au calendrier révolutionnaire reste ainsi un jalon bref, frappé sur trois ans seulement, entre l’instauration du franc germinal et l’affirmation pleine du vocabulaire impérial sur les monnaies.