Le 5 francs Louis XVIII de la variante « buste habillé » est une pièce d’argent de 25 grammes frappée pour l’essentiel entre 1814 et 1815, pendant la première Restauration, dans treize ateliers répartis sur le territoire français. Elle marque le retour du portrait royal sur la monnaie de cinq francs après plus de vingt ans d’effigies révolutionnaires et impériales, et sa production totale connue avoisine les 15,2 millions d’exemplaires. Le millésime 1815, interrompu par les Cent-Jours puis par la chute définitive de l’Empire, compte parmi les émissions les plus courtes et les plus recherchées de la série.
Un revers qui affiche la valeur et la foi monarchique
Le revers porte au centre, dans une couronne de laurier nouée par un ruban, l’inscription « 5 FRANCS » surmontée du millésime. La légende circulaire annonce « RÉGNE DE LOUIS XVIII » [À VÉRIFIER pour la formulation exacte], formule qui rompt avec le « Empire français » napoléonien et inscrit la pièce dans une continuité dynastique.
Sous la couronne figure l’exergue, l’espace situé à la base du revers où l’on place généralement des informations secondaires. On y trouve le différent du maître d’atelier, celui du graveur général et la lettre d’atelier, cette dernière indiquant le lieu de fabrication : A pour Paris, L pour Bayonne, K pour Bordeaux, H pour La Rochelle, W pour Lille, I pour Limoges, D pour Lyon, MA pour Marseille, T pour Nantes, Q pour Perpignan, B pour Rouen, BB pour Strasbourg et M pour Toulouse. C’est précisément cette lettre qui permet d’identifier un « 5 francs Louis XVIII atelier A » ou un « 5 francs Louis XVIII atelier L » en un coup d’œil, distinction capitale pour les collectionneurs puisque les tirages varient d’un extrême à l’autre selon l’atelier.
Le grènetis, cette guirlande de petits points qui cerne le listel (le bord légèrement saillant de la pièce), encadre l’ensemble des deux faces. La tranche, enfin, porte en creux l’inscription « DOMINE SALVUM FAC REGEM », une formule latine invoquant la protection divine sur le roi.
Le buste habillé, une image de restauration
L’avers présente le portrait de Louis XVIII de profil, en buste habillé, c’est-à-dire vêtu d’un uniforme ou d’un habit de cour plutôt que du seul profil de tête nue qui caractérise d’autres variantes contemporaines. La légende circulaire donne le nom du roi, et la signature du graveur figure en bas du buste. Auguste-François Michaut est crédité du dessin de ce type [À VÉRIFIER].
Ce portrait reprend la tradition du buste royal qui avait cours sous l’Ancien Régime, avant que la Révolution ne lui substitue des allégories puis que Napoléon n’impose son propre profil. Le retour du souverain sur la monnaie constitue en soi un acte politique : il signifie que la légitimité monarchique est rétablie dans l’espace public, y compris dans la poche du plus modeste des sujets.
Les détails du buste (position du drapé, forme du col, traitement de la chevelure) varient légèrement d’un atelier à l’autre, voire au sein d’un même atelier quand plusieurs coins ont été utilisés. Les sources signalent ainsi deux variantes pour Lille (W) en 1814, pour Bayonne (L), Limoges (I), Paris (A), Perpignan (Q) et Toulouse (M) en 1815.
Treize ateliers, un déséquilibre frappant
Les données de frappe témoignent d’une géographie monétaire très inégale. Pour le seul millésime 1814, Toulouse (M) aligne 2 376 486 pièces, Bayonne (L) 1 901 563 et Limoges (I) 1 553 458, tandis que Strasbourg (BB) ne produit que 4 901 exemplaires et Nantes (T) 5 217. Paris (A), avec 1 465 247 pièces, n’occupe que la quatrième position. Ce déséquilibre s’explique par la proximité des ateliers avec les zones de circulation et par la demande locale en espèces, mais aussi par la dispersion des stocks métalliques dans une période de transition politique.
La répartition change nettement en 1815. Paris tombe à 411 569 pièces et Limoges (I) prend la tête avec 1 738 153 exemplaires, suivie de Bayonne (L) avec 1 129 771 et Perpignan (Q) avec 923 931. Certains ateliers s’effondrent : Lyon (D) ne frappe plus que 7 470 pièces, Marseille (MA) 7 401 et Strasbourg (BB) 1 545. Le millésime 1815 étant interrompu par le retour de Napoléon en mars puis par la seconde abdication en juin [À VÉRIFIER pour les dates précises de suspension], ces chiffres traduisent moins un choix délibéré qu’une contrainte politique.
Un « 5 francs Louis XVIII 1814 » frappé à Strasbourg constitue donc, avec ses 4 901 exemplaires, l’une des combinaisons les plus rares de la série, à l’opposé d’un « 5 francs Louis XVIII 1814 atelier M » que l’on rencontre bien plus fréquemment.
Ce que cinq francs représentaient
Cinq francs en argent représentent, sous la Restauration, une somme considérable pour un ouvrier. Le franc germinal, défini par la loi du 7 germinal an XI, correspond à 5 grammes d’argent à 900 millièmes [À VÉRIFIER]. Le salaire journalier d’un manœuvre ou d’un ouvrier non qualifié se situe alors autour de deux à trois francs [À VÉRIFIER], ce qui place cette pièce au niveau de deux journées de travail. Une famille modeste pouvait difficilement en conserver plusieurs.
La pièce servait donc surtout aux paiements importants : loyer d’un logement modeste pour un mois, achat d’une pièce de tissu, règlement d’une dette entre commerçants. Dans les campagnes, elle circulait peu et se thésaurisait volontiers, ce qui explique que de nombreux exemplaires nous parviennent dans un état proche de la frappe, sans usure prononcée.
Ce que les collectionneurs observent aujourd’hui
La tranche en creux est le premier point d’examen. L’inscription « DOMINE SALVUM FAC REGEM » doit être nette et régulièrement espacée ; une tranche lisse, refaite ou irrégulière signale souvent une transformation ultérieure. On vérifie ensuite la lettre d’atelier et le millésime, car un même type peut cacher des raretés très différentes selon ces deux données.
Les variantes de coin, signalées pour plusieurs ateliers, portent sur des détails du buste ou de la couronne : position d’une feuille de laurier, longueur d’une mèche, forme du ruban. Les collectionneurs spécialisés les recensent et les classent, mais leur identification demande une loupe et une comparaison avec des exemplaires de référence, car l’usure efface rapidement ces nuances.
La frappe de 1815, souvent altérée par les événements, présente fréquemment des faiblesses de frappe ou des flans irréguliers qui affectent la netteté du relief. Ces défauts, loin de déprécier systématiquement la pièce, renseignent sur les conditions matérielles dans lesquelles les ateliers travaillaient à la fin de la période.
L’après-1815
Le buste habillé ne survit pas à la seconde Restauration. Dès 1816, un nouveau type monétaire est adopté, avec un buste nu et une légende modifiée [À VÉRIFIER pour le détail du changement]. La pièce de 5 francs Louis XVIII de 1814-1815 reste donc circonscrite à une fenêtre de frappe très brève, ce qui explique l’intérêt qu’elle suscite chez les amateurs de monnaie royale : elle fixe, sur vingt-cinq grammes d’argent, le moment précis où la monarchie restaurée tente de réinscrire son image dans le quotidien des Français.