La pièce de 1 franc - Henri d’Artois est une monnaie d’argent frappée en 1831 et 1832, durant la seconde Restauration, au nom du prétendant légitimiste Henri d’Artois, duc de Bordeaux et petit-fils de Charles X. Elle n’a jamais circulé comme monnaie officielle en France : produite après la révolution de Juillet 1830 qui porta Louis-Philippe au pouvoir, elle appartient à ces émissions dites « de prétendant » ou « de propagande », destinées aux partisans de la branche aînée des Bourbons. Son métal, son poids de 5,0 grammes et son diamètre de 23,0 millimètres la rattachent directement au module du franc germinal en vigueur depuis 1803.
Frappe et ateliers : une monnaie sans table de tirage
Les données disponibles pour la pièce de 1 franc - Henri d’Artois ne mentionnent aucun atelier ni aucun tirage chiffré, ce qui la distingue nettement des émissions royales ou impériales contemporaines. Pour une monnaie officielle de la Restauration, on attendrait une lettre d’atelier (A pour Paris, W pour Lille, K pour Bordeaux, etc.) et des volumes consignés dans les registres de la Monnaie. Ici, rien de tel. Cet absentéisme documentaire s’explique par le statut même de l’objet : émis hors du cadre légal, il échappait au contrôle de l’administration des Monnaies et ne figurait donc dans aucun compte rendu officiel.
Les frappes de ce type sont généralement attribuées à des ateliers privés, souvent établis à l’étranger, en Belgique, en Angleterre ou dans les États allemands, où les partisans de la branche aînée pouvaient travailler à l’abri des poursuites du régime de Louis-Philippe [À VÉRIFIER]. La proximité de la frontière belge, toute proche de la Flandre française, en faisait un point de passage commode pour ces pièces comme pour les autres imprimés légitimistes. La date de 1831 correspond à la période la plus active de cette propagande monétaire, alors que la duchesse de Berry tentait de soulever le Midi et l’Ouest au nom de son fils.
Un avers à l’effigie du duc de Bordeaux
L’avers, c’est-à-dire la face principale, porte le portrait d’Henri d’Artois, alors enfant, né en 1820, quelques mois après l’assassinat de son père le duc de Berry. Sa naissance avait été saluée comme un gage de continuité pour la dynastie, d’où son surnom d’« enfant du miracle ». Le buste est tourné vers la gauche ou vers la droite selon les variantes connues [À VÉRIFIER], encadré par une légende qui proclame son titre : Henri V, roi de France, ou une formule voisine selon le type. La couronne de France, ou une couronne de lys, peut accompagner le portrait.
La présence d’un souverain mineur sur une monnaie pose un problème de représentation que les graveurs résolvent de plusieurs manières, tantôt par un buste enfantin, tantôt par un profil plus idéalisé. Le style s’inspire généralement des portraits monétaires de Charles X ou de Louis XVIII, avec un traitement du drapé et de la chevelure assez conventionnel. La signature du graveur, lorsqu’elle est lisible, varie selon les coins [À VÉRIFIER].
Revers : valeur, lys et millésime
Le revers donne l’indication de valeur, 1 franc, souvent inscrite dans une couronne de lys ou encadrée par deux branches, avec le millésime 1831 ou 1832. Le mot « franc » est alors une unité bien établie, définie par la loi du 7 germinal an XI (1803) sur la base d’un rapport fixe entre l’or et l’argent. La légende peut comporter la devise des Bourbons, ou une formule de fidélité à la religion et au roi, fréquente dans la propagande légitimiste [À VÉRIFIER].
L’exergue, c’est-à-dire la partie basse du revers où l’on trouve habituellement la lettre d’atelier ou un différent (petit symbole identifiant l’émetteur ou le responsable de la frappe), est ici soit vide, soit occupé par un motif propre aux émissions de prétendant. Cette absence de lettre d’atelier est précisément le signe qui permet de reconnaître la pièce de 1 franc - Henri d’Artois par rapport aux francs officiels de la même époque. Les collectionneurs qui cherchent un « 1 franc - Henri d’Artois atelier A » ne trouveront donc rien : aucune pièce de ce type ne porte le A de Paris, puisque l’atelier monétaire de la capitale n’a jamais frappé au nom d’un roi non reconnu.
Ce que l’on pouvait acheter avec un franc sous la monarchie de Juillet
Un franc de 1831 représentait une somme concrète dans le quotidien des Français. Le salaire journalier d’un ouvrier peu qualifié oscillait autour de 2 à 3 francs, celui d’un ouvrier qualifié pouvait atteindre 4 à 6 francs [À VÉRIFIER]. Un kilo de pain coûtait quelques dizaines de centimes, un litre de vin ordinaire autour de 30 à 50 centimes selon les régions et les années [À VÉRIFIER]. Un franc permettait donc d’acheter un repas simple, une paire de chaussures d’occasion, ou de couvrir une partie d’une journée de travail. Cette réalité donne la mesure de l’enjeu : faire circuler des pièces de 1 franc au nom d’Henri V, c’était rappeler à chaque transaction que le roi légitime restait, pour une partie de la population, le petit-fils de Charles X. La pièce se glissait dans les bourses sans que son porteur soit nécessairement un militant.
Variantes et points d’attention pour les collectionneurs
Plusieurs variantes existent, distinguées par la direction du buste, la forme de la couronne, la ponctuation de la légende ou la présence d’un motif dans l’exergue. La tranche, c’est-à-dire le chant de la pièce, porte généralement des cannelures ou une inscription en creux, comme sur les francs officiels du même module ; sa régularité est un indice de qualité de frappe. Le grènetis, ce chapelet de petits points qui borde le listel (le rebord plat de la pièce), permet aussi de repérer les frappes soignées des reproductions plus tardives ou des moulages.
Les collectionneurs surveillent également la couleur de l’argenture et la présence éventuelle de traces de corrosion, car ces pièces de propagande ont parfois été frappées sur des flans de qualité inégale. Les retouches de coin, visibles par de petites différences dans les feuilles de lys ou les lettres de la légende, servent à identifier les différents tirages. Aucun de ces éléments ne permet toutefois de dater précisément une pièce à l’année près en l’absence de documents d’archives.
Après 1832 : la fin des frappes et la persistance du type
Les émissions de 1 franc au nom d’Henri d’Artois s’interrompent après 1832. Cette année-là marque l’échec de la tentative insurrectionnelle de la duchesse de Berry, arrêtée en Vendée en novembre, et le reflux momentané de l’activité légitimiste en France. Les partisans de la branche aînée continuent cependant de produire des médailles et des jetons à l’effigie du prétendant pendant tout le XIXe siècle, sans jamais reprendre la frappe d’une monnaie de circulation au module du franc. Le type monétaire lui-même, avec son portrait d’enfant et sa couronne de lys, devient un motif récurrent de la propagande royaliste, repris sur des boutons, des bijoux et des images pieuses. La pièce de 1 franc - Henri d’Artois 1831-1832 reste ainsi l’un des rares témoignages métalliques d’une souveraineté revendiquée mais jamais exercée, et l’un des objets les plus recherchés par les amateurs de monnaies de prétendant.