En 1816, la Restauration remet de l’ordre dans la monnaie du royaume et crée une nouvelle pièce d’or de 40 francs au nom de Louis XVIII. Frappée jusqu’en 1824 dans six ateliers français, elle pèse 12,90322 grammes d’or à 900 millièmes et mesure 26 millimètres de diamètre. Son tirage total, 538 909 exemplaires, reste modeste pour une monnaie destinée aux paiements importants.
Ce que quarante francs représentaient dans une poche de 1820
Quarante francs de 1816, c’est près de deux mois de salaire pour un ouvrier peu qualifié de l’époque [À VÉRIFIER]. Le pain se négocie alors quelques centimes la livre, un litre de vin courant autour de quelques dizaines de centimes, et un journal quotidien coûte un sou. Autrement dit, cette pièce d’or ne sert pas à régler une tournée au cabaret. Elle circule entre les mains de négociants, de rentiers, de notaires, de propriétaires qui règlent une ferme ou un lot de marchandises. Un domestique ou un journalier peut en croiser une dans une paie trimestrielle, mais la plupart des échanges du quotidien se font en pièces de billon et de cuivre, voire en billets de la Banque de France quand la confiance est là. La pièce de 40 francs Louis XVIII appartient donc à l’économie des grosses transactions, celle où l’on recompte deux fois avant de serrer les cordons de la bourse.
Elle arrive à un moment charnière. Le franc germinal de 1803, créé sous le Consulat, a stabilisé le système : le franc vaut 4,5 grammes d’argent fin, et l’or s’échange contre lui sur une base fixe. Le gouvernement de Louis XVIII ne cherche pas à tout refaire, il cherche à remplacer les napoléons et les pièces à l’effigie de l’Empereur qui circulent encore partout. La loi du 6 mars 1815 [À VÉRIFIER], complétée par les textes de 1816, fixe la nouvelle gamme d’or : 20 et 40 francs à l’effigie du roi, avec des types unifiés pour tout le royaume.
Un portrait de roi en buste, entre héritage et rupture
L’avers porte le buste de Louis XVIII tourné vers la gauche, tête nue, les cheveux courts relevés sur les tempes, le col de l’habit orné d’une fleur de lys. Le portrait cherche la ressemblance sans flatterie, le roi est âgé, lourd, et le graveur ne l’a pas embelli. Autour du buste court une légende latine qui nomme le souverain et rappelle son titre : LOUIS XVIII ROI DE FRANCE. Sous la troncature du cou se trouve la signature du graveur général, Auguste-François Michaut [À VÉRIFIER], dont le nom apparaît en abrégé.
Le style du portrait tranche avec les effigies impériales de Napoléon, plus théâtrales, plus romanisées. Ici, on revient à une représentation plus sobre, héritée des portraits royaux du XVIIIe siècle, avec un traitement réaliste du visage. Le grènetis, ce petit cercle de perles qui borde le listel extérieur, encadre l’ensemble et protège le relief de l’usure. Pour un collectionneur, la qualité de frappe du visage, la netteté de l’œil, la présence ou non de stries sur la joue constituent des repères d’authenticité.
Le revers : couronne, écu et millésime
Au revers, la valeur 40 FR. apparaît dans une couronne de laurier nouée à la base. À l’intérieur de la couronne figure l’écu de France, semé de fleurs de lys, surmonté de la couronne royale. La légende extérieure donne le millésime, l’année de frappe, et la lettre d’atelier se glisse dans l’exergue, cette partie basse du champ séparée du motif principal. Un A pour Paris, un W pour Lille, un L pour Bayonne, un B pour Rouen, un Q pour Perpignan, un H pour La Rochelle.
La tranche, laissée lisse sur ce type, porte en creux l’inscription DOMINE SALVUM FAC REGEM, une formule latine que l’on peut traduire par « Seigneur, sauve le roi ». C’est un détail que les faussaires ont souvent négligé, et l’une des premières choses que l’on vérifie sur une pièce de 40 francs Louis XVIII authentique.
Un tirage dominé par Lille en 1818
Les chiffres racontent une histoire très inégale selon les années et les ateliers. Sur les 538 909 exemplaires recensés, un seul millésime écrase tous les autres : 1818 à Lille, avec 352 494 pièces. Cette année-là, l’atelier du Nord a produit à lui seul près des deux tiers du total de la période. À côté, certaines combinaisons sont rarissimes : 155 exemplaires pour Paris en 1823, 367 pour Paris en 1822, 377 pour Bayonne en 1817, 605 pour La Rochelle en 1822. Rouen n’apparaît qu’en 1816 avec 755 pièces.
Cette répartition s’explique par la logistique du métal. Un atelier ne frappe pas de l’or parce qu’il en a envie, mais parce que le Trésor lui envoie des lingots à monnayer, en fonction des rentrées fiscales et des besoins régionaux. Les villes portuaires et frontalières qui commercent avec l’étranger, Bayonne vers l’Espagne, Lille vers les Flandres et les Pays-Bas, La Rochelle vers l’Atlantique, reçoivent de l’or en dépôt et le transforment en espèces. Paris, siège de la Banque de France, absorbe aussi une part importante de la frappe nationale.
Pour un collectionneur, ces écarts de tirage créent des niveaux de rareté très marqués. Une pièce de 40 francs Louis XVIII 1816 atelier A se rencontre sans difficulté dans les ventes spécialisées, alors qu’une 40 francs Louis XVIII atelier H de 1822 se compte en quelques exemplaires connus. La lettre d’atelier, souvent minuscule dans l’exergue, devient alors l’élément décisif d’une identification correcte.
Les variantes de 1824 et ce que l’œil du collectionneur traque
Le millésime 1824 à Paris présente trois variantes signalées, différenciées par des retouches de coin : position du different du graveur, orientation d’un élément de la couronne, ou infimes modifications dans la légende. Ces variantes ne changent pas la nature de la pièce, elles documentent le travail de l’atelier, qui répare ou regrave un coin usé en cours de production. Un coin de monnaie s’use vite sous la pression du balancier, et les graveurs retouchent les parties les plus fragiles : le nez du roi, les feuilles de laurier, les fleurs de lys de l’écu.
Au-delà des variantes officielles, l’attention se porte sur la tranche, sur la qualité du listel, sur la présence éventuelle de stries de laminage ou de défauts de flan. Une pièce trop parfaite, au relief mou et au poids légèrement inférieur, mérite un examen attentif : la contrefaçon d’époque, dorée sur métal commun, a existé, et certaines copies anciennes circulent encore dans les lots non expertisés.
Après 1824 : passage au 40 francs Charles X puis disparition
À la mort de Louis XVIII en septembre 1824, son frère Charles X reprend le type en changeant simplement le buste et la légende. Les 40 francs Charles X poursuivent la frappe quelques années, avant que la réforme monétaire de 1830 et l’arrivée de Louis-Philippe ne transforment à nouveau l’iconographie. La pièce de 40 francs en or reste en service sous la monarchie de Juillet et jusqu’au Second Empire, mais avec des types successifs. La dernière émission de 40 francs français remonte à 1856 [À VÉRIFIER], après quoi la France n’émettra plus de pièces d’or de cette valeur et privilégiera les 20 francs, plus commodes pour la circulation. Le type Louis XVIII de 1816 demeure ainsi l’un des rares millésimes où la pièce de 40 francs a réellement circulé en nombre, et non comme simple monnaie de prestige. Les exemplaires de 1818 frappés à Lille, par leur volume, constituent aujourd’hui la base la plus accessible de cette série.