La pièce de 5 francs Louis-Napoléon Bonaparte à tête nue frappée en 1852 sous la Deuxième République constitue l’une des dernières émissions en argent de ce régime avant l’avènement du Second Empire. Elle porte le portrait du prince-président élu en décembre 1848, à un moment où la République bascule vers le pouvoir personnel. Les 16 141 318 exemplaires sortis cette année-là, principalement de l’atelier de Paris, en font une pièce abondante aujourd’hui encore recherchée pour ses variantes de buste.
Un type signé Désiré-Albert Barre, entre héritage révolutionnaire et portrait officiel
Le dessin de cette 5 francs est l’œuvre de Désiré-Albert Barre [À VÉRIFIER], graveur général des monnaies, qui succède à son père Jacques-Jean Barre. Le type choisi pour 1852 ne surgit pas de nulle part : il s’inscrit dans la lignée des essais et projets monétaires qui, depuis la Monarchie de Juillet, tentent de fixer une effigie stable pour les pièces françaises. Le portrait retenu montre Louis-Napoléon Bonaparte tête nue, regard tourné vers la gauche, le col ouvert sur une légère cravate. La chevelure est courte, plaquée, sans mèche héroïque. La barbe, réduite à une fine bande sur le menton, reste discrète.
Ce choix d’une tête nue tranche avec les représentations plus impériales qui suivront dès 1853, où le buste se couvre d’une couronne de laurier dans le cadre du Second Empire. La version de 1852 conserve quelque chose de la sobriété républicaine : pas de manteau d’apparat, pas de couronne, pas de symbole de souveraineté. C’est un portrait de chef d’État en redingote, à peine officiel. Les collectionneurs reconnaissent immédiatement cette variante puisqu’elle précède de quelques mois seulement les émissions impériales, et qu’elle marque donc la césure entre deux régimes.
Avers : la légende républicaine autour du prince-président
L’avers porte la légende circulaire LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE, suivie de la mention PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE. Le mot « République » se détache clairement à droite du buste, sur la partie basse du listel intérieur. Le grènetis, cette couronne de petits points qui borde la pièce à l’intérieur du listel extérieur, encadre l’ensemble. Sous le cou, à gauche, une signature en très petits caractères indique le nom du graveur. Le buste occupe presque tout le champ, ce qui laisse peu de place à l’épigraphie et oblige à une typographie compacte, aux lettres serrées.
Pour un lecteur non rompu au vocabulaire des monnaies, rappelons que l’avers désigne le côté principal, celui qui porte l’effigie ou le symbole majeur, tandis que le revers est l’autre face. Sur cette 5 francs Louis-Napoléon Bonaparte 1852, l’avers est donc le portrait. Le millésime n’y figure pas : il est réservé au revers, ce qui est la règle habituelle dans la numismatique française du XIXe siècle.
Revers : valeur, couronne et lettre d’atelier
Le revers présente, au centre, la valeur faciale 5 FRANCS dans un cadre formé de deux branches, l’une de chêne, l’autre d’olivier, nouées à leur base par un ruban. Au-dessus, la légende RÉPUBLIQUE FRANÇAISE se déploie en arc de cercle. En dessous, dans l’exergue, c’est-à-dire l’espace réservé sous le motif principal, figure le millésime 1852. La lettre d’atelier prend place soit dans l’exergue à droite du millésime, soit dans le champ selon l’atelier [À VÉRIFIER]. Paris utilise la lettre A, Strasbourg la lettre BB. Cette lettre, appelée différent d’atelier, permet d’identifier le lieu de frappe sans ambiguïté.
Le poids de 25 grammes et le diamètre de 37 millimètres correspondent aux caractéristiques des 5 francs en argent 900 millièmes, c’est-à-dire contenant 90 % d’argent pur et 10 % de cuivre. Ce standard métrologique est hérité du système germinal mis en place en 1803 et resté en vigueur sous la Deuxième République. La tranche porte l’inscription en creux DIEU PROTÈGE LA FRANCE, avec des séparateurs variables selon les émissions [À VÉRIFIER]. Cet élément de tranche, souvent négligé, intéresse beaucoup les collectionneurs qui y traquent des variantes de ponctuation.
Paris contre Strasbourg : deux ateliers, deux raretés
L’écart entre les deux ateliers est considérable. Paris, avec la lettre A, a frappé 16 099 997 exemplaires en 1852, répartis sur trois variantes de buste distinctes. Strasbourg, avec le différent BB, n’en a produit que 41 321. Cette disproportion signifie que la 5 francs Louis-Napoléon Bonaparte atelier BB est aujourd’hui bien plus difficile à rencontrer que la version parisienne, alors même que la pièce globale n’a rien d’un tirage confidentiel. Les trois variantes parisiennes se distinguent par des retouches du portrait : largeur du cou, orientation du regard, traitement de la barbe [À VÉRIFIER]. Aucun document officiel ne permet de dire si ces retouches correspondent à des coins différents gravés successivement ou à des corrections en cours de frappe.
La pièce dans les échanges de 1852
Avec 25 grammes d’argent, cette pièce représentait une somme importante dans la France du milieu du XIXe siècle. Un ouvrier parisien gagnait alors environ 2 à 3 francs par jour [À VÉRIFIER]. La 5 francs équivalait donc à près de deux journées de salaire pour un travailleur non qualifié, et à bien davantage pour un journalier agricole. Elle servait pour les paiements substantiels : loyer hebdomadaire d’une chambre modeste, achat d’une paire de chaussures, règlement d’une consultation médicale. Dans les campagnes, elle circulait moins que les pièces de 1 ou 2 francs, souvent thésaurisée plutôt que dépensée.
Fin du type et passage au Second Empire
Dès la fin de 1852, la proclamation du Second Empire entraîne une refonte des types monétaires. La tête nue cède la place au buste lauré, avec une légende impériale. La 5 francs Louis-Napoléon Bonaparte tête nue de 1852 reste ainsi la dernière pièce de 5 francs en argent frappée au nom de la République sous ce régime, avant que l’Empire ne reprenne les mêmes caractéristiques de poids, de diamètre et d’aloi, mais avec une iconographie entièrement renouvelée.