Un revers aux faisceaux et à la Liberté assise
Le revers de ce concours de 5 francs par Dantzell porte, en son centre, une Liberté assise de face, la tête tournée vers la gauche du lecteur. Elle tient de la main droite un faisceau de licteur, attribut antique repris par la Révolution pour figurer l’union des citoyens, et pose la gauche sur un niveau, instrument de mesure qui renvoie à l’égalité. Autour d’elle, la légende « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE » se déploie en arc de cercle. En bas, dans l’exergue, c’est-à-dire l’espace réservé sous le motif principal, figure l’indication de valeur et le millésime. Le grènetis, ce chapelet de petits points qui borde traditionnellement le listel (le rebord saillant de la pièce), encadre l’ensemble et sert encore aujourd’hui de repère aux collectionneurs pour détecter les frappes fautives ou les répliques modernes. Ce programme iconographique est celui d’une monnaie de concours, donc d’une pièce jamais destinée à circuler telle quelle, mais soumise à un jury.
Un concours monétaire ouvert au lendemain de février 1848
La chute de Louis-Philippe, en février 1848, laisse la jeune Deuxième République devant une urgence pratique. Le numéraire en circulation porte encore l’effigie du roi déchu, et l’atelier de Paris comme les ateliers de province doivent être réapprovisionnés en types conformes au nouveau régime. Le gouvernement provisoire ouvre alors plusieurs concours destinés à renouveler les dessins des monnaies divisionnaires. Celui qui concerne les pièces de 5 francs en argent est l’un des plus suivis, car cette coupure est le cœur du système monétaire bimetallique hérité de la loi de germinal an XI. La frappe du concours de 5 francs par Dantzell, en 1848, s’inscrit exactement dans cette fenêtre d’incertitude, entre l’abolition du type Louis-Philippe et l’adoption définitive du type Cérès qui s’imposera durablement.
Ce que le jury voyait de l’autre côté
L’avers, ou face principale, est ce que le public identifie spontanément comme le côté « portrait ». Sur le concours de 5 francs par Dantzell, il porte une effigie allégorique de la République accompagnée de la mention du graveur. La signature Dantzell, placée dans une zone secondaire du champ, permet de distinguer immédiatement cette proposition des autres projets concurrents, souvent signés Oudiné, Gayrard ou Vauthier-Galle. La légende qui entoure le buste reprend les formules officielles exigées par le cahier des charges du concours. Pour un collectionneur, la position et la graphie de cette signature constituent le point d’identification principal, car aucune lettre d’atelier ni marque de directeur n’accompagne ces essais, l’émission proprement dite n’ayant jamais eu lieu.
Dantzell, un graveur parmi d’autres candidats
Le nom de Dantzell apparaît dans les archives des concours monétaires de la Deuxième République aux côtés de plusieurs artistes qui espéraient obtenir la commande officielle. [À VÉRIFIER : l’identité complète, les dates de naissance et de mort, ainsi que la biographie professionnelle de Dantzell.] Son projet reprend la grammaire allégorique alors dominante : une République assise ou debout, entourée de ses attributs, dans la tradition inaugurée par Dupré sous la Première République et reformulée par les graveurs romantiques des années 1840. Ce que le type abandonne, c’est le portrait royal : plus de profil de souverain, plus de couronne, plus de fleur de lys. La rupture est autant politique qu’esthétique. Le concours de 5 francs par Dantzell appartient donc à cette courte série de projets où la jeune République cherche, en quelques mois, un visage monétaire stable qu’elle ne trouvera finalement qu’avec Cérès.
Une pièce jamais mise en circulation
Aucune donnée de tirage n’est disponible pour le concours de 5 francs par Dantzell en 1848, et pour cause : il s’agit d’essais, frappés en très petit nombre pour être présentés au jury, puis conservés comme pièces de cabinet ou distribués à quelques responsables. Le poids de 17,76 grammes et le diamètre de 37,0 millimètres correspondent exactement aux caractéristiques réglementaires de la pièce de 5 francs en argent du système germinal an XI, ce qui signifie que le flan utilisé est standard et que seule la gravure du coin distingue l’essai d’une pièce courante. Les collectionneurs qui cherchent une « pièce de concours de 5 francs par Dantzell atelier A » ne trouveront donc aucune lettre d’atelier : Paris, seul atelier concerné par les frappes d’essai, ne marquait pas ces pièces du A habituellement réservé aux émissions circulantes.
Ce qu’un type de concours change dans la vie quotidienne
Personne n’a payé son pain avec un concours de 5 francs par Dantzell. La pièce n’a pas servi dans les échanges ; elle a servi d’argument devant un jury. Sa valeur d’usage, pour un ouvrier parisien de 1848, aurait été considérable si elle avait circulé : 5 francs représentaient alors plusieurs journées de salaire pour un manoeuvre, et la pièce en argent était le support habituel des règlements importants. Le contraste entre cette fonction potentelle et la réalité de l’essai illustre bien la singularité de ces monnaies de concours, que les numismates rangent dans la catégorie des « essais et projets » plutôt que dans celle des monnaies circulantes.
Variantes, tranches et pièges à éviter
Sur les essais de ce type, les collectionneurs examinent d’abord la tranche, généralement en relief ou cannelée selon la norme des 5 francs, puis la netteté du grènetis et la profondeur du relief, qui trahissent un coin neuf ou un coin fatigué. Les retouches de coin, visibles par de légères différences dans le dessin du faisceau ou du niveau, permettent de distinguer plusieurs états de frappe. La présence ou l’absence de la signature Dantzell, sa position exacte dans le champ, la ponctuation de la légende, tout cela forme le faisceau d’indices que les amateurs comparent entre exemplaires. Aucune lettre d’atelier n’étant attendue, la mention d’un atelier dans une annonce doit immédiatement éveiller la méfiance.
La place du concours dans la série des 5 francs républicains
Le type qui finit par s’imposer pour la pièce de 5 francs de la Deuxième République est celui de Cérès, gravé par Oudiné, dont la frappe débute en 1849 et se poursuivra sous le Second Empire dans une version modifiée. Entre le type Louis-Philippe et le type Cérès, les projets comme celui de Dantzell forment une charnière documentaire : ils montrent ce que les contemporains imaginaient pour la nouvelle monnaie, et ce que l’administration a finalement retenu. Le concours de 5 francs par Dantzell reste ainsi un jalon de l’histoire monétaire de 1848, consulté par les chercheurs autant que recherché par les amateurs de la Deuxième République.