La pièce de 5 francs Cérès de la Deuxième République est une monnaie en argent de 900 millièmes pesant 25 grammes et mesurant 37 millimètres, frappée de 1849 à 1851 dans les ateliers de Paris, Bordeaux et Strasbourg. Elle naît de la nécessité, pour le nouveau régime issu de la révolution de Février 1848, de disposer d’une grande pièce d’argent à l’effigie de la République après des décennies de portraits royaux et impériaux. Son tirage total connu s’élève à 37 693 834 exemplaires, ce qui en fait la principale pièce de 5 francs républicaine circulante du milieu du XIXe siècle.
Ce que cinq francs représentaient dans une poche de 1850
Pour situer la pièce, il faut oublier nos réflexes contemporains. Cinq francs de 1850 correspondent à cinq journées de travail d’un ouvrier parisien peu qualifié, dont le salaire journalier tournait alors autour d’un franc [À VÉRIFIER]. Un franc se divisait en cent centimes, et le pain, denrée de base, coûtait quelques dizaines de centimes le kilo selon les années et les villes [À VÉRIFIER]. Une pièce de 5 francs Cérès, c’est donc l’équivalent d’une semaine de salaire ouvrier, ce qui explique qu’elle ne servait pas aux menus achats quotidiens mais aux paiements importants : loyer, achat de vêtements, règlement d’une dette, constitution d’une épargne. On la manipulait peu, on la gardait. Cette faible circulation explique en partie l’état souvent remarquable des exemplaires qui nous parviennent, et le fait que beaucoup furent thésaurisés dès leur émission, à une époque où la confiance dans le papier-monnaie restait limitée. Une telle pièce pesait lourd dans la poche, et son diamètre de 37 millimètres la rendait immédiatement reconnaissable au toucher comme à l’œil.
Une République qui a besoin d’une monnaie à son image
La Deuxième République est proclamée le 24 février 1848. Très vite se pose la question de la monnaie : les types à l’effigie de Louis-Philippe circulent encore, et le nouveau régime veut une iconographie républicaine. Le choix se porte sur Cérès, déesse romaine des moissons et de la fertilité, déjà utilisée sous la Première République et sous la Convention. Le type est repris d’une gravure d’Eugène-André Oudiné [À VÉRIFIER], qui signe sous le buste. La période de frappe de cette 5 francs Cérès couvre 1849, 1850 et 1851, soit une bonne partie de la brève existence du régime, qui s’achèvera avec le coup d’État du 2 décembre 1851.
Le visage de Cérès et sa couronne d’épis
À l’avers, la déesse est représentée de profil à gauche, les cheveux retenus par un bandeau, la tête couronnée d’épis de blé, de feuilles et de raisins. Autour, la légende « REPUBLIQUE FRANÇAISE » en lettres capitales, séparée du listel (le bourrelet circulaire qui borde la pièce) par un grènetis, cette ligne de petits points qui protège le relief. Sous le buste, en plus petit, la signature du graveur. Ce portrait allégorique rompt avec les effigies monarchiques : pas de souverain nommé, mais une figure symbolique qui renvoie à l’abondance et au travail de la terre. Le dessin est fin, le relief assez bas, ce qui a favorisé une usure régulière mais aussi la disparition rapide des détails sur les exemplaires longtemps circulés.
Valeur, date et lettre d’atelier au revers
Le revers porte au centre « 5 / FRANCS » sur deux lignes, entouré d’une couronne de feuilles de chêne et de laurier, symboles de force et de victoire. En bas, dans l’exergue (l’espace sous le motif principal), figure le millésime. La lettre d’atelier apparaît près de la date : A pour Paris, BB pour Strasbourg, K pour Bordeaux. On trouve aussi, de part et d’autre de la date, le différent du directeur d’atelier et celui du graveur en chef, petits symboles qui varient selon les périodes et intéressent beaucoup les collectionneurs. La tranche porte l’inscription « DIEU PROTEGE LA FRANCE » en relief, particularité que l’on retrouve sur plusieurs monnaies de l’époque.
Trois ateliers, six émissions, des écarts considérables
Les chiffres de frappe racontent à eux seuls l’histoire de la pièce. En 1849, l’atelier de Paris frappe 7 592 522 exemplaires en deux variantes, Strasbourg 915 883. L’année suivante, Paris monte à 14 542 699, Strasbourg à 1 167 907, tandis que Bordeaux ne produit que 332 179 pièces. En 1851, Paris seul frappe encore, avec 13 142 644 exemplaires. Ces volumes inégaux font que la pièce de 5 francs Cérès 1849 atelier A est courante, alors que l’exemplaire de Bordeaux 1850 est beaucoup plus rare et recherché. La mention « 2 variantes » pour Paris 1849 renvoie à des différences de coins, notamment sur la position de la date ou le dessin des différents, que les spécialistes distinguent soigneusement.
Ce qui remplace la Cérès et pourquoi
Avec l’arrivée de Louis-Napoléon Bonaparte au pouvoir, puis la proclamation du Second Empire en décembre 1852, l’iconographie monétaire change. Le type Cérès est abandonné au profit de portraits du prince-président puis de l’empereur. La pièce de 5 francs Cérès de la Deuxième République reste donc circonscrite à trois années de frappe, ce qui la distingue des grandes séries monarchiques voisines, plus longues. Les collectionneurs s’intéressent aujourd’hui à ses variantes d’atelier, à l’état de conservation du portrait et à la netteté de la tranche, souvent première victime de l’usure.