La pièce de 5 francs Napoléon III tête nue est une monnaie en argent de 900 millièmes pesant 25 grammes et mesurant 37 millimètres, frappée de 1853 à 1859 sous le Second Empire. Elle porte au droit le portrait de l’empereur sans couronne et au revers l’écu impérial encadré par deux figures allégoriques. Ses trois ateliers de production, Paris, Lyon et Strasbourg, ont livré environ 14,1 millions d’exemplaires, dont la grande majorité durant les seules années 1855 et 1856.
Ce que cinq francs représentaient dans une bourse du Second Empire
Le franc germinal, créé en 1803, conserve sous Napoléon III la même définition métallique qu’au temps de Napoléon Ier : une pièce de 5 francs contient 22,5 grammes d’argent fin. Cette stabilité est la clé pour comprendre l’usage quotidien de la pièce. Un ouvrier parisien gagne alors autour de 4 à 6 francs par jour selon le métier et la région [À VÉRIFIER]. Une pièce de 5 francs représente donc une grosse journée de travail, ce qui explique qu’elle circule plus volontiers entre les mains des commerçants, des propriétaires et des rentiers qu’entre celles des salariés payés à la journée.
Les gros paiements ordinaires passent par elle : un loyer modeste, une paire de chaussures solides, la note d’un repas pris au restaurant, l’achat d’un vêtement de travail. Pour les dépenses courantes, on utilise le franc et ses subdivisions, mais le 5 francs est la coupure en argent la plus lourde et la plus respectée. Sa taille, identique à celle des écus de 5 francs des régimes précédents, permet aux utilisateurs de la reconnaître au toucher avant même de la regarder.
Le portrait d’un empereur qui vient de prendre le pouvoir
L’avers, c’est-à-dire la face principale de la monnaie, montre la tête de Napoléon III tournée vers la gauche, nue, sans couronne ni laurier. Autour d’elle court une légende composée du nom « NAPOLEON III EMPEREUR », encadrée par deux différents d’atelier qui varient selon le lieu de frappe. Sous le cou, un petit relief porte le nom du graveur.
Le choix d’une tête nue n’est pas anodin. Napoléon III vient d’être proclamé empereur le 2 décembre 1852, un an presque jour pour jour après son coup d’État. Les monnaies à son effigie circulent à partir de 1853, et la tête nue affirme une souveraineté de type moderne, débarrassée du faste des portraits royaux couronnés. Le profil adopté rappelle celui utilisé pour certaines effigies de Napoléon Ier, sans la couronne de laurier.
Un revers inspiré du Premier Empire
Le revers porte la valeur faciale « 5 FRANCS » au centre d’un écu orné, cantonné de deux figures allégoriques : à gauche la Justice, à droite l’Agriculture ou le Commerce selon les lectures [À VÉRIFIER]. L’écu est surmonté d’une couronne impériale. En bas, dans une sorte de cartouche appelé exergue, figurent le millésime et la lettre d’atelier : A pour Paris, D pour Lyon, BB pour Strasbourg.
Ce revers reprend, à quelques variantes près, un type déjà utilisé sous le Premier Empire et la Restauration. Il traduit une continuité monétaire voulue : le Second Empire s’inscrit dans la tradition du franc germinal plutôt qu’il ne la bouleverse. Le grènetis, cette fine ligne de perles qui borde le listel de la pièce, est régulier sur les bons exemplaires et l’un des premiers éléments que les collectionneurs observent.
Le graveur derrière le type tête nue
Le nom retenu pour la gravure générale de ce type est celui de Jacques-Jean Barre, graveur général des monnaies depuis 1843, qui signe plusieurs portraits monétaires du milieu du XIXe siècle [À VÉRIFIER]. La signature « BARRE » apparaît en petits caractères sous le buste. Barre produit également des essais et des coins pour les autres valeurs en or et en argent de la même période.
Le passage du type tête nue au type tête laurée, à partir de 1861, correspond à une modification du portrait officiel voulue par l’empereur [À VÉRIFIER]. Ce changement de type fait du 5 francs Napoléon III tête nue une monnaie de transition, liée aux premières années du régime, avant que le Second Empire n’installe son iconographie définitive.
Paris, Lyon, Strasbourg : trois ateliers, des volumes très inégaux
Le tirage total de 14 142 342 exemplaires masque une répartition très concentrée. Paris, avec la lettre A, fournit l’essentiel de la production. L’atelier de la capitale frappe 10 599 pièces en 1854, puis 4 094 200 en 1855, année où deux variantes du coin sont identifiées, et 4 678 445 en 1856. Après cette date, les volumes s’effondrent : 72 614 exemplaires en 1857, 26 734 en 1858, seulement 3 357 en 1859.
Lyon, marqué D, produit sans tirage connu en 1855, puis 2 248 282 pièces en 1856. Strasbourg, marqué BB, frappe 882 257 exemplaires en 1855 et 2 125 854 en 1856. La pièce de 5 francs Napoléon III 1856 est donc de loin la plus courante du type, avec plus de 9 millions d’exemplaires sortis des trois ateliers cette année-là. À l’inverse, la pièce de 5 francs Napoléon III 1859, avec ses 3 357 exemplaires parisiens, est la plus rare de la série.
Ce déséquilibre tient à plusieurs causes : la demande de monnaie d’argent varie avec les récoltes et le commerce, les ateliers de province sont mobilisés par d’autres frappes, et la loi monétaire en vigueur répartit les émissions en fonction des besoins régionaux de circulation.
Tranche, poinçons et variantes : ce que regardent les amateurs
La tranche de cette pièce porte une inscription en relief : « DIEU PROTEGE LA FRANCE », accompagnée de symboles. Les collectionneurs vérifient l’orientation et la netteté de cette inscription, car des frappes plus faibles ou des coins usés y laissent des traces irrégulières.
Plusieurs variantes de coin ont été repérées, notamment sur les millésimes 1855 et 1856 parisiens, où deux positions de la main ou deux dispositions du différent de graveur général sont connues [À VÉRIFIER]. La lettre d’atelier elle-même est scrutée : un A de Paris mal formé ou déplacé signale parfois une refrappe ou une usure du coin. Enfin, la qualité de conservation des reliefs, en particulier la chevelure de l’empereur et les plis des vêtements des allégories au revers, détermine la valeur relative des exemplaires dans les collections, sans qu’il soit possible de donner ici une cote.
Le type tête nue cède la place en 1861 à un portrait de Napoléon III lauré, qui reste en circulation jusqu’à la chute du régime. Les pièces de 5 francs tête nue continuent de circuler sous le Second Empire, puis sous la Troisième République, jusqu’à ce que l’inflation et les refontes monétaires des années 1920 les fassent progressivement disparaître des échanges.