La pièce de 20 francs Napoléon III tête laurée est une monnaie en or de 900 millièmes frappée de 1861 à 1870 sous le Second Empire, pesant 6,45 grammes pour 21,0 millimètres de diamètre. Elle succède au type tête nue et constitue la dernière émission courante du régime avant la chute de Napoléon III à Sedan. Avec 86 344 950 exemplaires sortis des ateliers de Paris et de Strasbourg, elle reste aujourd’hui l’une des monnaies d’or françaises les plus abondantes du XIXe siècle, recherchée autant pour son or que pour ses variantes de frappe.
Paris et Strasbourg, deux ateliers pour un même type
La production se répartit entre deux ateliers. Paris, identifié par la lettre A, et Strasbourg, marqué BB, frappent tous deux la pièce chaque année de 1861 à 1870, sans exception. Cette double origine explique une grande part de l’intérêt que portent les collectionneurs à la pièce de 20 francs Napoléon III tête laurée : un même millésime peut exister en version parisienne et en version strasbourgeoise, avec des tirages parfois très éloignés.
Les volumes annuels varient fortement. L’année 1868 est la plus prolifique à Paris avec 9 281 061 pièces, tandis que Strasbourg atteint son maximum en 1869 avec 7 316 553 exemplaires. À l’inverse, 1861 et 1870 sont des années creuses : la première année de frappe affiche 2 607 054 pièces à Paris et 1 355 427 à Strasbourg, la dernière seulement 864 873 et 1 852 567. La chute de 1870 s’explique par la guerre franco-prussienne et l’effondrement du régime en septembre, qui interrompent les frappes.
Quelques millésimes présentent deux variantes signalées dans les relevés de frappe : 1862 à Paris, 1864 à Strasbourg, 1867 à Strasbourg et 1869 à Strasbourg. Ces doubles frappes correspondent à des coins légèrement retouchés ou à des émissions successives dans la même année, un détail qui prend de l’importance dès qu’on examine une pièce à la loupe.
Ce que montre le visage de l’Empereur
L’avers porte le portrait de Napoléon III tourné vers la droite, la tête ceinte d’une couronne de laurier. Autour du profil court la légende « NAPOLEON III EMPEREUR », et sous le cou figurent d’un côté le nom du graveur et de l’autre un différent, ce petit symbole d’atelier ou de graveur qui permet d’identifier précisément la fabrication. Le portrait du type tête laurée se distingue de la version tête nue, utilisée de 1853 à 1860, par la couronne végétale qui remplace la chevelure libre et donne au profil une solennité inspirée des empereurs romains. Le dessin est attribué à Jean-Jacques Barre, graveur général des monnaies sous le Second Empire [À VÉRIFIER].
Un grènetis, c’est-à-dire une fine couronne de petits points en relief, borde le listel, le bourrelet extérieur de la pièce, sur les deux faces.
Le revers : valeur, date et lettre d’atelier
Le revers affiche au centre « 20 FRANCS » dans une couronne formée de deux branches, l’une de chêne et l’autre de laurier, nouées à leur base. Au-dessus figure l’inscription « EMPIRE FRANÇAIS ». En bas, dans l’exergue, c’est-à-dire l’espace réservé sous le motif principal, on lit le millésime suivi de la lettre d’atelier : A pour Paris, BB pour Strasbourg. Cette lettre est le premier repère que vérifie un collectionneur lorsqu’il veut savoir d’où vient une pièce de 20 francs Napoléon III atelier A ou une version strasbourgeoise.
Une pièce d’or dans les poches du Second Empire
Vingt francs en or représentaient une somme considérable pour un ouvrier du Second Empire. Le salaire journalier d’un travailleur non qualifié se situait autour de quelques francs, ce qui plaçait cette pièce hors de portée du quotidien populaire : elle circulait surtout entre commerçants, notables, propriétaires et dans les transactions importantes. La pièce servait aussi de thésaurisation courante, enfouie dans les campagnes ou conservée en réserve familiale, ce qui explique pourquoi tant d’exemplaires nous parviennent en bon état. [À VÉRIFIER pour les ordres de grandeur de salaires]
Ce que les collectionneurs regardent aujourd’hui
La tranche de la pièce porte l’inscription « DIEU PROTEGE LA FRANCE » en relief, encadrée de deux symboles. C’est un élément difficile à falsifier et souvent contrôlé. Au-delà de la tranche, l’attention se porte sur la lettre d’atelier, sur la présence d’un différent de graveur, sur l’orientation des coins, et sur l’état de conservation du laurier et des feuilles de la couronne au revers. Les millésimes à faible tirage, comme 1870 Paris avec 864 873 exemplaires, sont naturellement plus demandés que 1868 Paris. Les variantes de 1862, 1864, 1867 et 1869 intéressent les spécialistes qui constituent des collections par atelier et par année.
Après 1870, la fin du type
La défaite de Sedan en septembre 1870 met fin au Second Empire et à la frappe de cette monnaie. La Troisième République reprend la dénomination de 20 francs avec un nouveau type, le Génie debout, gravé par Augustin Dupré d’après un dessin antérieur, qui s’impose à partir de 1871. Les pièces de 20 francs Napoléon III tête laurée restent alors en circulation pendant des décennies, souvent fondues lors des refontes monétaires ou exportées pour leur valeur en or. Leur abondance actuelle doit beaucoup à ces mouvements, qui ont préservé un grand nombre d’exemplaires tout en en retirant d’autres du circuit.