La pièce de 100 francs Napoléon III tête laurée est une monnaie en or de 900 millièmes frappée sous le Second Empire entre 1862 et 1870. D’un poids de 32,25806 grammes et d’un diamètre de 35 millimètres, elle constitue la plus grosse coupure courante du système monétaire impérial, destinée aux transactions importantes et à la thésaurisation. Sa production, répartie entre les ateliers de Paris et de Strasbourg, reste faible au regard des autres denominations de l’époque, avec un tirage total connu de 98 343 exemplaires.
Une frappe rare étalée sur neuf années
Les chiffres de production de la 100 francs Napoléon III tête laurée surprennent par leur modestie. Entre 1862 et 1870, les deux ateliers autorisés, Paris (différent A) et Strasbourg (différent BB), n’ont frappé que 98 343 pièces, tous millésimes confondus. La seule année 1869 concentre à elle seule près de 44 000 exemplaires, soit presque la moitié du total, avec 28 872 pièces sorties de Paris et 14 212 de Strasbourg. À l’inverse, certaines années affichent des volumes confidentiels : 1 333 exemplaires en 1864 à Strasbourg, 1 517 en 1865 à Paris.
Cette répartition très inégale tient à la nature même de la coupure. La pièce de 100 francs Napoléon III 1862 servait surtout aux règlements commerciaux de grande ampleur et aux réserves bancaires, non à la circulation quotidienne. Les ateliers adjustaient donc leur production aux commandes des institutions financières plutôt qu’à une demande populaire régulière. Strasbourg, atelier de l’Est, a fourni un complément significatif jusqu’en 1869, puis a cessé toute frappe de ce type en 1870, année où Paris reste seul actif avec 10 460 exemplaires. Le millésime 1868 frappé à Strasbourg est le seul dont le tirage demeure inconnu à ce jour.
Le contexte d’un Empire qui veut asseoir sa monnaie
Lorsque la 100 francs tête laurée apparaît en 1862, le Second Empire a déjà profondément remanié le paysage monétaire français. Napoléon III, au pouvoir depuis 1852, cherche à donner à la France une assise financière solide et une monnaie respectée sur les marchés internationaux. Le bimétallisme or-argent reste en vigueur, mais l’or gagne du terrain dans les échanges internationaux, notamment grâce aux découvertes de gisements en Californie et en Australie qui ont accru les disponibilités du métal jaune.
La création de cette pièce s’inscrit dans une série de réformes qui visent à unifier les types monétaires et à affirmer l’image du souverain. Le choix d’une tête laurée, plutôt qu’un portrait nu, marque une solennité particulière : le laurier évoque la victoire et la légitimité impériale. Cette variante succède à des types antérieurs où Napoléon III apparaissait tête nue, et elle accompagne les autres coupures en or (20 francs, 50 francs) qui partagent désormais le même profil.
Un avers signé Désiré-Albert Barre
L’avers de la pièce porte le portrait de Napoléon III tourné vers la droite, la tête ceinte d’une couronne de laurier. La légende circulaire, inscrite dans le listel, se lit « NAPOLÉON III EMPEREUR ». Sous le cou, en petits caractères, figure la signature du graveur : « BARRE ». Désiré-Albert Barre, graveur général des monnaies à partir de 1855 [À VÉRIFIER], est l’auteur de ce portrait qui équipe également d’autres coupures impériales. Le travail du relief est fin, le traitement des cheveux et des feuilles de laurier témoigne d’une gravure soignée, et le grènetis (la petite ligne de perles qui borde la pièce) encadre proprement l’ensemble.
Le choix de la tête laurée pour la 100 francs Napoléon III tête laurée n’est pas anodin. Il confère à la plus grosse pièce d’or de l’Empire une dignité particulière, en accord avec sa fonction de réserve de valeur. Les collectionneurs distinguent aujourd’hui cette variante des portraits à tête nue frappés sous d’autres millésimes ou pour d’autres denominations.
Le revers : valeur, date et atelier
Le revers adopte une composition classique héritée des monnaies françaises du XIXe siècle. La valeur faciale « 100 FR » est inscrite dans une couronne formée de deux branches, l’une de chêne et l’autre de laurier, nouées à leur base. Au-dessus, la légende « EMPIRE FRANÇAIS » rappelle le régime. En exergue, sous la couronne, figure le millésime, accompagné de la lettre d’atelier : « A » pour Paris, « BB » pour Strasbourg. Cette lettre permet d’identifier immédiatement l’origine de la frappe, un critère essentiel pour les collectionneurs qui recherchent par exemple une 100 francs Napoléon III atelier A plutôt qu’une pièce strasbourgeoise.
La tranche est lisse et porte l’inscription en creux « DIEU PROTÈGE LA FRANCE », formule traditionnelle des monnaies françaises depuis plusieurs règnes. Cette inscription, gravée sur la tranche, servait aussi de protection contre le rognage, une pratique qui consistait à limer discrètement le métal précieux sur le pourtour des pièces.
Ce qu’une telle pièce représentait dans la vie de tous les jours
Il serait vain de chercher la 100 francs Napoléon III tête laurée dans la poche d’un ouvrier. Avec ses 32 grammes d’or, elle représentait une somme considérable pour l’époque. Pour donner un ordre de grandeur, un ouvrier parisien gagnait couramment entre 3 et 5 francs par jour dans les années 1860 [À VÉRIFIER]. Une seule de ces pièces équivalait donc à plusieurs semaines de salaire. Elle servait aux paiements entre négociants, aux transactions immobilières, aux dots et aux placements. Les banques la conservaient en réserve, et les particuliers aisés la thésaurisaient plutôt qu’ils ne la dépensaient.
Sa rareté relative, comparée aux 20 francs or frappées par millions, la destinait à une circulation restreinte. Elle n’était pas une monnaie de tous les jours, mais un instrument financier de premier ordre, au même titre que les lingots.
Ce qui a remplacé la 100 francs tête laurée
La guerre franco-prussienne de 1870 et la chute du Second Empire mettent fin à la frappe de cette pièce. La Troisième République naissante ne reprend pas immédiatement le type impérial, et la production de la 100 francs or est suspendue. Il faut attendre d’autres émissions, sous des régimes ultérieurs, pour voir réapparaître des coupures comparables, mais avec des types entièrement redessinés. La 100 francs Napoléon III tête laurée reste donc la dernière grande pièce d’or impériale française, un jalon dans l’histoire monétaire du pays, entre la stabilité du bimétallisme et les bouleversements financiers de la fin du XIXe siècle.