La pièce de 5 francs Union et Force est une monnaie en argent de 900 millièmes frappée de 1795 à 1802 sous la Première République, sur un module de 37 mm pour 25 g. Créée pour remplacer les assignats dépréciés et rétablir une circulation métallique solide, elle porte au revers la devise républicaine « UNION ET FORCE » et fut produite dans dix ateliers, de Bayonne à Strasbourg. Sa variante dite à « UNION serré », avec glands intérieurs et gland extérieur, constitue l’un des états de coin les plus recherchés du type.
Douze ateliers pour une monnaie de confiance
La fabrication du 5 francs Union et Force accompagne la reconstruction du système monétaire français après la chute de la royauté. Dix villes accueillent l’émission : Paris (A), Bayonne (L), Bordeaux (K), Nantes (T), Perpignan (Q), Strasbourg (BB), Lille (W), Lyon (D), Genève (G) et Marseille (MA). Cette dispersion répond à un besoin de proximité, l’argent métallique circulant mal sur de longues distances, et à la volonté de réactiver les anciens ateliers provinciaux.
Les volumes varient considérablement selon les années. Paris domine largement, avec 4 285 371 exemplaires en 1796 et 2 655 931 en 1798, tandis que Strasbourg frappe seulement 24 921 pièces en 1796 et 1 086 en 1800. Lyon, réactivé en 1799, ne produit que 3 049 exemplaires cette année-là. Genève, rattachée à la France depuis 1798, apparaît brièvement en 1800 et 1801 avec des tirages confidentiels de 6 985 et 4 447 pièces. Le tirage total connu avoisine 18 662 065 exemplaires, mais plusieurs années restent documentées par des chiffres inconnus, notamment à Bayonne, Bordeaux, Nantes et Marseille en 1802.
La lettre d’atelier se lit dans l’exergue, sous le millésime. Un collectionneur qui cherche une pièce de 5 francs Union et Force 1795 atelier A doit donc viser Paris, seule ville à avoir frappé cette première année, avec 3 184 061 exemplaires répartis en deux variantes. L’année suivante voit l’ouverture de six ateliers supplémentaires, ce qui explique la dispersion des coins et la multiplication des variantes relevées par les spécialistes : jusqu’à huit pour Paris en 1797.
Une allégorie de la République triomphante
L’avers porte une figure féminine de profil à gauche, coiffée du bonnet phrygien orné d’une couronne de chêne. Cette allégorie de la République, ou de la Liberté selon les descriptions anciennes, tient une pique surmontée d’un bonnet dans la main droite et pose la gauche sur un faisceau de licteur. Le faisceau, composé de baguettes liées autour d’une hache, symbolise l’union des citoyens et la force collective, en écho direct à la légende du revers et au nom commun de la pièce.
La légende « REPUBLIQUE FRANÇAISE » se déroule en arc de cercle autour du buste, précédée d’un différent d’atelier et suivie d’un autre marque, généralement sous la forme d’un symbole monétaire ou du bonnet de la Liberté. Le millésime figure en bas, séparé du listel par le grènetis, cette couronne de petits points qui protège le champ de la pièce. La signature du graveur, Augustin Dupré [À VÉRIFIER], apparaît en petit sous le buste, souvent peu lisible sur les exemplaires circulés.
Sur le revers, la valeur faciale « 5 FRANCS » occupe le centre, entourée de deux branches, l’une de chêne et l’autre d’olivier, nouées en bas par un ruban. La légende « UNION ET FORCE » se lit dans la partie supérieure, tandis que le millésime et la lettre d’atelier prennent place dans l’exergue, la partie basse séparée du motif principal par une ligne droite. Le tout est contenu dans un grènetis identique à celui de l’avers, garantissant une frappe au balancier régulière.
Union serré, une variante de coin
La variante « UNION serré » tient à l’espacement des lettres de la légende du revers. Sur les coins dits à UNION serré, les six lettres sont rapprochées au point de former un bloc compact au-dessus des branches, alors que d’autres coins les dispersent davantage. Cette différence, invisible à l’œil nu pour un non-initié, se repère au premier regard sous une loupe et devient un critère de classement pour les collectionneurs.
S’y ajoutent des détails dans le traitement des branches : les glands intérieurs, situés côté champ, et le gland extérieur, placé côté listel, distinguent cette frappe d’autres états du même millésime. Ces variations résultent de retouches successives des coins par les graveurs d’atelier, chaque ville ayant ses propres habitudes et ses propres poinçons. Une pièce de 5 francs Union et Force atelier A peut ainsi présenter plusieurs combinaisons selon l’année et le coin utilisé, ce qui explique les « 8 variantes » recensées pour Paris en 1797.
La tranche porte l’inscription « GARANTIE NATIONALE » en creux, avec un décor de losanges ou de cannelures selon les émissions [À VÉRIFIER]. Cette marque, difficile à falsifier, servait de garantie contre le rognage et les fraudes. Les collectionneurs l’examinent en premier, car une tranche limée ou refrappée trahit souvent une pièce altérée.
Poids, salaires et usage quotidien
Avec ses 25 g d’argent à 900 millièmes, le 5 francs Union et Force correspondait à une somme importante pour un ouvrier de la fin du Directoire. Le franc germinal, défini par la loi du 7 germinal an XI (1803), fixe plus tard la parité officielle, mais dès 1795 la pièce de 5 francs sert d’unité de compte pratique pour les transactions moyennes : achat d’un habit, paiement d’un loyer modeste, règlement d’une dette.
Un salaire journalier d’ouvrier parisien tournait alors autour de 2 à 3 francs [À VÉRIFIER], ce qui signifie qu’une seule pièce de 5 francs représentait près de deux journées de travail. Sa masse et son diamètre la rendaient peu commode pour les petites emplettes, mais elle circulait volontiers dans les paiements entre négociants et pour le règlement des contributions. Le métal conservait sa valeur intrinsèque, ce qui rassurait une population échaudée par l’effondrement des assignats.
Des ateliers fermés à la réforme monétaire
La production s’essouffle après 1800. Plusieurs ateliers cessent leur activité ou réduisent leurs frappes, et en 1802 les tirages deviennent sporadiques. Lille, Lyon, Genève et Marseille n’apparaissent que quelques années, signe d’une réorganisation progressive de la fabrication monétaire sous le Consulat. La loi du 7 germinal an XI crée le franc germinal et impose une nouvelle série de types, notamment le 5 francs « Bonaparte Premier Consul », qui remplace progressivement l’Union et Force dans les caisses publiques.
Le 5 francs Union et Force reste aujourd’hui l’un des types républicains les plus collectionnés, en raison de la diversité de ses ateliers, de la richesse de ses variantes et de sa charge symbolique. Les exemplaires bien conservés, à la tranche nette et aux reliefs complets, se distinguent nettement des pièces usées par la circulation, qui constituent la majorité des trouvailles.