La pièce de 2 sols aux balances est une monnaie de bronze frappée en 1793, sous la Première République, dans six ateliers français. Elle porte au revers l’emblème des balances surmontées du bonnet de la Liberté, un type créé pour affirmer l’égalité et la justice au moment où la jeune République remplace la monarchie. Les exemplaires décrits comme non datés mais rattachés à 1794 portent en réalité le millésime 1793, année de la Terreur et de la refonte du système monétaire.
Un pays sans roi cherche une monnaie
La déchéance de Louis XVI, en août 1792, puis l’exécution du roi le 21 janvier 1793 ont laissé la France sans souverain à représenter sur ses pièces. Les monnaies royales à l’effigie de Louis XVI circulent encore, mais leur fabrication devient politiquement intenable. Le régime doit frapper vite une monnaie républicaine de billon et de bronze pour les paiements du quotidien. Le décret qui organise la refonte des monnaies métalliques date d’avril 1793, dans un contexte de guerre extérieure, de révolte fédéraliste et de crise des assignats. La pièce de 2 sols aux balances 1793 répond à ce besoin immédiat : une pièce lourde, en bronze, destinée aux petites transactions.
Ce que porte l’avers
L’avers (le côté principal, celui qui porte l’effigie ou l’emblème) ne montre aucun portrait. Un génie ailé est assis, tenant une balance et une corne d’abondance, avec devant lui un coq et derrière lui un sceptre orné d’un bonnet phrygien. La légende qui l’entoure est « RÉPUBLIQUE FRANÇOISE. » et l’exergue, la petite ligne au bas de la pièce, porte le millésime : 1793, écrit en chiffres arabes, ce qui constitue déjà une rupture avec les dates en chiffres romains des monnaies royales. Le dessin est signé du graveur général Augustin Dupré [À VÉRIFIER]. La composition s’inspire directement du type gravé pour les monnaies d’assignats et pour certaines médailles républicaines, où le génie de la Liberté remplace le profil du roi.
Des balances, un bonnet, un niveau
Le revers associe trois symboles lisibles par tous : une balance suspendue à un bonnet de la Liberté, posée sur un niveau, avec autour deux faisceaux de licteur croisés. La valeur « 2 SOLS » apparaît dans le champ, au-dessus du niveau, tandis que la légende porte « LIBERTÉ ÉGALITÉ » de part et d’autre, et que l’exergue indique la lettre d’atelier entre deux points. Le grènetis, ce petit cercle de grains qui borde la pièce à l’intérieur du listel, court sur tout le pourtour. Cette iconographie reprend les emblèmes adoptés par la Convention, en particulier le niveau, symbole d’égalité entre citoyens, et le bonnet phrygien des affranchis. Ce programme visuel occupe tout le revers sans portrait à identifier, ce qui permet aux ateliers de province de reproduire le type sans disposer d’un graveur de talent.
Six ateliers, des tirages très inégaux
Le tirage total connu atteint 1 876 734 exemplaires, répartis entre six ateliers. Lille (lettre W) a frappé 548 002 pièces, Pau (différent à la vache) 460 423, Montpellier (N) 303 328, Orléans (R) 245 223, Limoges (I) 213 967 avec deux variantes connues, et Strasbourg (BB) 105 791. L’atelier de Pau se distingue par un différent peu banal, une tête de vache, qui rend le 2 sols aux balances de Pau immédiatement reconnaissable dans les lots. Les écarts de tirage reflètent surtout la capacité des ateliers et le rythme d’approvisionnement en métal, perturbé par la guerre et par les troubles de 1793. La dispersion des lettres entre W, I, N, R, BB et le différent de Pau explique qu’un collectionneur puisse réunir des exemplaires visuellement très proches mais d’origine différente.
Deux sols dans la poche d’un ouvrier
Avec un poids de 25 grammes pour 34 millimètres de diamètre, la pièce est lourde et encombrante. Elle vaut 2 sols, soit un quarantième d’assignat de 100 livres, et représente une part non négligeable d’une journée de travail lorsque le salaire d’un ouvrier parisien tournait autour de 2 à 3 livres [À VÉRIFIER]. Dans les marchés, elle sert à acheter du pain, du sel, quelques légumes, et le rendu de monnaie en pièces de 1 sol ou en monnaie de billon reste laborieux. Le bronze s’use vite : les exemplaires survivants portent souvent des traces de circulation intense, avec des reliefs aplatis sur les balances et le bonnet.
Ce que regardent les collectionneurs
La distinction entre ateliers passe par la lettre en exergue au revers et par le différent de l’atelier, souvent placé près de la date ou dans le champ. À Limoges, les deux variantes signalées concernent des retouches de coin et la position de la légende [À VÉRIFIER]. La tranche, lisse sur ces pièces, ne comporte pas d’inscription, ce qui allège la vérification. Les faux d’époque existent, coulés plutôt que frappés, reconnaissables à un aspect mou et à des bavures au bord. Pour un non-daté présenté comme 1794, le contrôle du millésime sur l’exemplaire physique reste la première chose à faire, car les archives n’attestent pas de frappe de ce type en 1794.
Après 1793, la fin du type
Le 2 sols aux balances n’a pas survécu longtemps à la chute de Robespierre. Les difficultés d’approvisionnement et les refontes successives conduisent à de nouveaux types, dont le 2 sols à l’écusson puis les monnaies en métal de cloche, avant que le Directoire puis le Consulat ne réorganisent la fabrication. La pièce de 2 sols aux balances reste l’un des rares témoins en bronze de la première année de la République, avec ses six ateliers et son tirage total proche de 1,9 million d’exemplaires.