Cinq francs Louis-Philippe I : la grosse pièce d’argent qui a accompagné toute une génération de Français sous la monarchie de Juillet. Ce type monétaire, dessiné par Joseph-François Domard, a été frappé dans treize ateliers entre 1832 et 1843, avec une deuxième retouche du portrait et une tranche en relief, pour un total dépassant 232 millions d’exemplaires. Un chiffre qui en fait l’une des pièces de 5 francs les plus courantes du XIXe siècle français.
Cinq francs, c’est presque une semaine de travail
Pour situer la pièce, un ordre de grandeur : dans les années 1830, un ouvrier parisien gagne à peu près trois à quatre francs par jour [À VÉRIFIER]. Recevoir une pièce de 5 francs Louis-Philippe I dans la main, c’était donc tenir la paye d’une journée et demie de labeur, ou le prix d’une paire de chaussures solides, d’un repas copieux à l’auberge pour plusieurs personnes, d’une consultation médicale dans un quartier populaire [À VÉRIFIER]. Elle circulait pour les règlements importants, alors que les petites transactions se faisaient en monnaie de billon et en pièces d’un franc ou de deux francs. Sa taille imposante, 37 millimètres de diamètre, et son poids de 25 grammes la rendaient immédiatement reconnaissable dans une poche ou une bourse. La pièce de 5 francs Louis-Philippe I 1832, avec ses presque 7,8 millions d’exemplaires sortis de l’atelier de Paris, a inondé les échanges commerciaux de la capitale dès sa première année de frappe.
La monarchie de Juillet et l’argent du juste milieu
Louis-Philippe d’Orléans accède au trône en août 1830 après les Trois Glorieuses, dans un contexte où la défiance envers la branche aînée des Bourbons est encore vive. Le nouveau régime a besoin d’une monnaie à son effigie, mais la loi du 25 juin 1830, adoptée avant la révolution, avait déjà fixé les caractéristiques du nouveau type de 5 francs. Le profil du roi, gravé par Domard, remplace progressivement celui de Charles X sur les pièces d’argent. Le régime s’installe, les ateliers monétaires reprennent leur activité à plein, et la production devient massive dès 1832, année où treize ateliers frappent simultanément. La stabilité relative des années 1830 permet à cette monnaie de circuler sans interruption majeure jusqu’en 1843, date à laquelle le type est remplacé [À VÉRIFIER sur la date exacte du remplacement].
Le portrait de Domard et sa deuxième retouche
L’avers montre la tête de Louis-Philippe Ier tournée vers la gauche, coiffée d’une couronne de chêne. La légende circulaire, qui désigne l’inscription entourant l’effigie, se lit « LOUIS PHILIPPE I ROI DES FRANÇAIS ». Sous le buste figure la signature « DOMARD F. », pour Joseph-François Domard, graveur général des monnaies sous la monarchie de Juillet [À VÉRIFIER sur le détail de ses fonctions]. Le listel, cette petite moulure en bord de flan, porte un grènetis, c’est-à-dire une couronne de petits points en relief.
La deuxième retouche du type Domard, celle qui nous intéresse ici, se distingue par des ajustements du portrait par rapport aux premiers tirages : barbe plus fournie, couronne de chêne légèrement modifiée, mèches de cheveux redessinées [À VÉRIFIER sur le détail exact de cette retouche]. Ces modifications sont parfois fines, et c’est justement là que les collectionneurs regardent de près.
Couronne, lettre d’atelier et tranche en relief
Le revers porte la valeur faciale « 5 FRANCS » au centre, entourée d’une couronne formée de deux branches, l’une de chêne, l’autre de laurier [À VÉRIFIER sur la composition exacte des branches]. En exergue, c’est-à-dire dans la partie basse séparée du champ principal par une ligne, on trouve le millésime. La lettre d’atelier apparaît dans le champ, à gauche ou à droite selon les années, selon un système de différent monétaire qui permet d’identifier l’origine de chaque flan.
À droite de la date figure généralement la lettre d’atelier, mais l’emplacement précis a varié entre les émissions. Le lettrage utilisé est le même que celui des pièces précédentes, en caractères romains. L’atelier de Paris se distingue par la lettre A, celui de Lille par W, Bordeaux par K, Rouen par B, Lyon par D, Marseille par MA, Bayonne par L, La Rochelle par H, Limoges par I, Nantes par T, Perpignan par Q, Strasbourg par BB, et Toulouse par M.
La tranche en relief constitue l’un des points d’identification majeurs de cette variante. Sur les premières émissions, la tranche portait une inscription en creux, c’est-à-dire gravée dans le métal. La retouche adoptée à partir de 1832 remplace ce dispositif par un texte en relief, c’est-à-dire saillant, généralement « DIEU PROTEGE LA FRANCE ». Cette différence de tranche est l’un des premiers critères que vérifient les numismates.
Treize ateliers, des volumes très inégaux
L’organisation de la production monétaire sous la monarchie de Juillet s’appuie sur un réseau d’ateliers répartis dans toute la France. Paris et Lille concentrent l’essentiel des volumes, avec des pics spectaculaires : 11,7 millions pour Lille en 1834, 11,3 millions pour Paris la même année, 9,2 millions pour Lille en 1833. A contrario, certains ateliers frappent des quantités très faibles, comme Marseille en 1839 avec 19 780 exemplaires, Toulouse en 1836 avec 71 980 pièces, Lyon la même année avec 199 792 unités.
Ces écarts s’expliquent en partie par la demande locale et par la capacité de production de chaque atelier. Le tirage total connu de 232 481 312 exemplaires sur douze années reflète cette dispersion. Les années 1834 et 1837 sont les plus prolifiques, tandis que 1836 marque un creux relatif avec moins de 8,3 millions de pièces toutes villes confondues.
Pour le collectionneur, la 5 francs Louis-Philippe I atelier A (Paris) reste la plus accessible en raison de ses tirages élevés presque chaque année. À l’inverse, des combinaisons comme Perpignan 1833 (662 301 exemplaires) ou Toulouse 1836 (71 980) sont plus recherchées.
Ce que regardent les collectionneurs
Plusieurs éléments distinguent les exemplaires entre eux. La tranche vient en premier : une tranche en relief avec l’inscription « DIEU PROTEGE LA FRANCE » est caractéristique du type Domard deuxième retouche. La présence de la signature « DOMARD F. » sous le buste doit être nette, non usée par la circulation. Les variantes de portrait, notamment la barbe plus ou moins fournie, intéressent les spécialistes qui traquent les retouches successives.
La lettre d’atelier et sa position constituent un autre point d’attention. Certaines années présentent des variantes de positionnement de cette lettre, comme en 1833 pour La Rochelle et Nantes, où deux variantes sont répertoriées. Les millésimes rares pour un atelier donné font grimper la demande : la 5 francs Louis-Philippe I 1839 atelier MA (Marseille, 19 780 exemplaires) est nettement moins courante que la même année à Paris.
L’état de conservation compte évidemment. Une pièce ayant peu circulé conserve les détails du visage, les feuilles de la couronne et le grènetis du listel. L’usure efface d’abord les points du grènetis et les nervures des feuilles.
Après 1843, la fin du type Domard
La frappe du type Domard s’arrête en 1843. Le régime cherche à moderniser l’iconographie monétaire, et de nouveaux types apparaissent [À VÉRIFIER sur le type exact qui remplace et la date du décret]. Les dernières années de frappe montrent une production encore soutenue : 7,8 millions à Lille en 1843, 2,4 millions à Rouen, 1,8 million à Paris. Les pièces de 5 francs Louis-Philippe I ont donc circulé massivement jusqu’à la fin du régime, et bien au-delà, car les monnaies d’argent restaient en usage longtemps après leur démonétisation officielle. Certaines ont été refondues, d’autres ont traversé les décennies dans des bas de laine, ce qui explique qu’on en trouve encore aujourd’hui en nombre sur le marché numismatique, avec des écarts de prix considérables selon l’atelier, le millésime et l’état.