La pièce de 20 francs Louis-Philippe I au type Tiolier est une monnaie d’or de 900 millièmes pesant 6,45161 g pour 21,0 mm de diamètre, frappée en 1830 et 1831 au début de la Monarchie de Juillet. Elle sert à affirmer la continuité de l’étalon or français après les Trois Glorieuses, tout en portant l’effigie du nouveau roi des Français. Sa production reste confidentielle : 862 exemplaires seulement sont attestés pour l’atelier de Nantes en 1831, les autres ateliers n’ayant laissé aucun tirage documenté.
Ce que valait une pièce de 20 francs sous Louis-Philippe I
Vingt francs en 1830, c’est le salaire mensuel d’un ouvrier parisien [À VÉRIFIER], et bien davantage pour un journalier de province. Rapportée au pain, une pièce de 20 francs Louis-Philippe I représentait plusieurs dizaines de kilos de farine, ou une paire de chaussures solides, ou encore une semaine de loyer dans un logement modeste. Cette pièce appartient à la catégorie des grosses coupures de l’or : on ne la sort pas de sa bourse pour acheter un repas. Elle circule entre commerçants, notaires, percepteurs, et sert surtout à thésauriser, à payer un fermage ou à solder une transaction importante. Sa taille réduite, à peine plus large qu’un ongle, concentre une valeur considérable, ce qui explique qu’on la cousait volontiers dans un vêtement plutôt que de la laisser traîner dans une poche.
Les pièces d’or de 20 francs sont alors l’équivalent de nos billets de banque : peu de gens en voient souvent, mais tout le monde sait à quoi elles ressemblent. Sous la Restauration, le public avait pris l’habitude des 20 francs à l’effigie de Louis XVIII puis de Charles X. Le passage à la Monarchie de Juillet impose donc une nouvelle image, sans toucher au poids ni au titre, car la confiance dans la monnaie repose sur cette stabilité.
Une frappe lancée dans l’urgence après les Trois Glorieuses
La révolution de Juillet 1830 chasse Charles X et place Louis-Philippe d’Orléans sur le trône. Les monnaies à l’effigie du roi déchu deviennent inutilisables politiquement. Il faut frapper vite des pièces à la nouvelle effigie, tout en conservant le système monétaire hérité de la loi du 28 germinal an XI, qui fixe le franc à 5 grammes d’argent et définit le rapport légal entre l’or et l’argent. Le graveur général Pierre-Joseph Tiolier [À VÉRIFIER], en poste depuis 1816, fournit alors un type qui sera utilisé pendant quelques mois seulement.
Cette première effigie de Louis-Philippe I est immédiatement remplacée : dès 1831, un nouveau buste, dit type Domard [À VÉRIFIER], prend sa place. La fenêtre de frappe du type Tiolier se referme donc très vite, ce qui explique la rareté des exemplaires et l’intérêt que leur portent les collectionneurs. Une pièce de 20 francs Louis-Philippe I 1830 ou 1831 au type Tiolier appartient à ce qu’on appelle parfois les monnaies de transition.
Le buste du roi des Français et sa légende
L’avers porte le portrait de Louis-Philippe tourné vers la gauche, en habit civil, les cheveux courts, sans couronne ni manteau d’apparat. Le choix d’un buste sobre rompt avec les effigies plus solennelles de la Restauration et correspond à l’image que le nouveau régime veut donner de lui-même : un roi bourgeois, proche de ses sujets. La légende circulaire, inscrite autour du portrait entre le listel (le bord extérieur légèrement saillant) et le grènetis (la fine rangée de points qui encadre le dessin), porte le nom du souverain accompagné du titre de roi des Français, formule qui remplace celle de roi de France. Sous le cou, la signature du graveur apparaît en petits caractères.
Le traitement du portrait compte parmi les points examinés par les amateurs, car la frappe au marteau monétaire [À VÉRIFIER] puis au balancier peut laisser des différences de relief sensibles d’un exemplaire à l’autre, surtout sur une série aussi courte.
Valeur faciale, millésime et lettre d’atelier au revers
Le revers affiche la valeur faciale entourée d’une couronne formée de deux branches, l’une de chêne, l’autre de laurier, nouées à leur base. Le millésime figure en exergue, c’est-à-dire dans la partie basse du champ, sous le motif. La lettre d’atelier, minuscule, se glisse dans le dessin et permet d’identifier le lieu de fabrication : A pour Paris, W pour Lille, T pour Nantes, B pour Rouen.
Cette lettre est capitale pour qui cherche une pièce précise. Un collectionneur qui tape « 20 francs Louis-Philippe I atelier A » veut la production parisienne, celle qui a l’aura de l’atelier central. Celui qui cherche un « 20 francs Louis-Philippe I 1831 T » vise Nantes, seul atelier dont le tirage est chiffré. Les différences de gravure de la lettre, parfois regravée ou mal alignée, constituent l’un des critères d’authentification les plus regardés, car les faux et les transformations de pièces communes existent.
Quatre ateliers pour quelques centaines de pièces
La production se répartit entre Lille, Nantes, Paris et Rouen, sur deux millésimes. Aucun tirage n’est documenté pour 1830 à Paris, ni pour 1831 à Lille, à Paris et à Rouen, ce qui signifie que les chiffres ont été perdus ou que les registres ne mentionnent pas ces frappes. Seul Nantes affiche un total connu de 862 exemplaires en 1831. Le tirage total communément retenu, 862 pièces, correspond donc en pratique à la seule production nantaise attestée, les autres ateliers n’ayant livré aucun chiffre.
Cette disproportion entre quatre ateliers et quelques centaines d’exemplaires suggère une émission de circonstance, peut-être destinée à tester les coins avant de lancer le type suivant. Les ateliers régionaux comme Lille, Nantes et Rouen approvisionnaient leur bassin économique, mais pour l’or, la demande se concentrait largement sur Paris. Une pièce frappée à Nantes en 1831 a donc toutes les chances d’avoir peu circulé et de s’être conservée dans un état de frappe remarquable.
La tranche en relief, marque de fabrique du type
La variante décrite ici se reconnaît à sa tranche en relief : au lieu d’être lisse ou gravée en creux, le chant de la pièce porte des inscriptions ou des motifs saillants, obtenus lors du marquage du flan avant la frappe. Cette technique, héritée des monnayages antérieurs, complique la fabrication et ralentit la production, ce qui cadre mal avec une émission de masse mais convient parfaitement à une série limitée. Sur les 20 francs de Louis-Philippe I au type Tiolier, la tranche constitue l’un des éléments décisifs pour distinguer les exemplaires authentiques des refrappes ou des pièces transformées à partir d’autres monnaies d’or de même module.
Les collectionneurs examinent aussi la régularité du listel, la netteté du grènetis, la position de la lettre d’atelier et l’état du millésime. Une usure légère du portrait peut passer inaperçue à l’œil nu mais se révèle sous un éclairage rasant. Sur une série aussi courte, la moindre variété de coin prend une importance disproportionnée par rapport à des émissions de plusieurs millions d’exemplaires.
Une effigie remplacée dès 1831
Le type Tiolier n’aura vécu qu’un peu plus d’un an. Dès 1831, une nouvelle gravure signée Domard [À VÉRIFIER] remplace le premier buste, et cette seconde effigie accompagnera Louis-Philippe jusqu’à la fin de son règne, en 1848. Les 20 francs au type Tiolier restent donc les témoins d’un moment très bref, celui où la Monarchie de Juillet cherche encore son visage monétaire. Les rares exemplaires conservés, notamment les 862 pièces nantaises de 1831, circulent aujourd’hui surtout entre mains de numismates, où ils sont étudiés pour leur tranche, leurs différents d’atelier et leur place dans la série des monnaies d’or du XIXe siècle.