Frappé de 1791 à 1793 sous la Monarchie constitutionnelle, le Double sol constitutionnel au faisceau - Louis XVI est une pièce de 2 sols en cuivre de 24 grammes et 36 millimètres, marquée du type FRANÇOIS. Elle accompagne les premières années de la Révolution, quand la monarchie accepte une constitution et que la monnaie royale emprunte au vocabulaire nouveau de la Nation. Son tirage total connu dépasse 9,3 millions d’exemplaires, répartis sur dix-sept ateliers provinciaux et parisiens.
Un roi de profil, la couronne en moins
L’avers porte le buste de Louis XVI tourné vers la gauche, en habit, les cheveux noués d’un ruban. Le graveur a retenu une effigie dépouillée des attributs de la souveraineté d’Ancien Régime : plus de couronne, plus de manteau d’hermine, plus de collier d’ordre. Le profil reste celui d’un roi, mais d’un roi que la Constitution de 1791 a placé en position de représentant de la Nation plutôt que de monarque de droit divin. Autour du buste court la légende « LOUIS XVI ROI DES FRANÇOIS », et non plus « ROI DE FRANCE » : le changement de formule n’est pas cosmétique, il traduit juridiquement le passage d’un royaume possessif à une communauté de citoyens. La mention FRANÇOIS, qui distingue cette variante d’autres doubles sols constitutionnels, figure donc bien à l’avers, intégrée au texte qui encadre le portrait. Sous le buste se lit en principe le nom du graveur, dont l’identification précise reste discutée [À VÉRIFIER]. Le listel, cette petite moulure en relief qui borde le champ de la pièce, encadre l’ensemble d’un grènetis régulier, ces petits points alignés qui protègent le motif de l’usure du frottement.
Le faisceau, un symbole qui parle à tout le monde
Le revers montre un faisceau de licteur dressé au centre, composé de baguettes liées autour d’une hache, tenu par deux mains jointes qui sortent de part et d’autre. Le faisceau, emblème antique de l’autorité et de l’union, devient sous la Révolution un signe rassembleur facilement lisible : les baguettes séparées se brisent, réunies elles résistent. Au-dessus du faisceau, la légende porte la valeur et le régime dans la formule « L’AN 3 DE LA LIBERTÉ », qui correspond à 1791. Le millésime figure à l’exergue, c’est-à-dire dans la partie basse du revers, sous le motif. La lettre d’atelier, ce petit caractère qui indique où la pièce a été fabriquée, se place également au bas du revers, parfois accompagnée d’un différent d’atelier, marque propre à chaque administration monétaire. Les mains jointes, la hache entourée de baguettes, la devise : tout le vocabulaire visuel du revers appartient au répertoire civique de 1789-1791, et se retrouve sur d’autres monnaies et assignats de la période.
Dix-sept ateliers pour une seule valeur
La fabrication du Double sol constitutionnel au faisceau - Louis XVI mobilise un réseau très large. Aux côtés de l’atelier de Paris, identifié par la lettre A, travaillent Bayonne (L), Bordeaux (K), La Rochelle (H), Lille (W), Limoges (I), Lyon (D), Marseille (MA), Metz (AA), Montpellier (N), Nantes (T), Orléans (R), Pau, Perpignan (Q), Rouen (B), Strasbourg (BB) et Toulouse (M). Pau se singularise par un différent en forme de vache, particularité locale qui aide les collectionneurs à identifier la production béarnaise. Certains ateliers ont laissé des chiffres précis : 2 427 800 pièces pour Nantes en 1792, 918 814 pour Toulouse la même année, 850 000 pour Lille en 1791, 84 000 seulement pour Bayonne en 1792. D’autres n’ont livré aucun relevé exploitable, ce qui complique l’estimation fine de la production totale. Les tirages varient d’un atelier à l’autre dans des proportions considérables, et plusieurs villes n’ont frappé qu’une partie des trois années couvertes par le type. Un collectionneur qui cherche une pièce de Double sol constitutionnel au faisceau - Louis XVI 1791 remarquera vite que les exemplaires parisiens de cette première année sont rares : Paris n’en a produit que 150 000, répartis en deux variantes.
Ce que 24 grammes de cuivre représentaient
Un double sol, comme son nom l’indique, vaut deux sols, soit vingt-quatre deniers. Au quotidien, cette pièce de cuivre servait aux paiements courants, pain, légumes, petit artisanat, transport. Sa masse de 24 grammes en fait un objet qu’on sent dans la main, plus lourd que les pièces de billon ou de métal précieux de même valeur nominale. Les salaires ouvriers de la période se comptent en livres, chaque livre valant vingt sols, donc dix doubles sols. Une journée de travail non qualifié se paie en général quelques livres, ce qui signifie qu’il fallait plusieurs de ces pièces pour couvrir la dépense d’une journée. La monnaie divisionnaire en cuivre, dont ce double sol constitutionnel constitue une pièce maîtresse, reste l’outil indispensable des marchés et des boutiques pendant toute la Révolution, avant que les assignats et les réformes monétaires ne bouleversent les repères.
Tranche lisse, variantes de coins et regards de collectionneurs
La tranche de cette pièce est lisse, sans inscription ni décor, ce qui la distingue d’autres monnayages contemporains où la tranche porte un texte ou un motif. Les collectionneurs s’intéressent surtout aux variantes de coins : position des mains, forme du faisceau, graphie des lettres de la légende, millésime plus ou moins net, présence ou absence de différent. Lille a produit trois variantes en 1792, Lyon deux, Metz deux, Marseille deux en 1793, Limoges deux en 1792. La netteté du grènetis, l’usure du buste, la lisibilité du millésime à l’exergue pèsent lourd dans l’évaluation d’un exemplaire. Les lettres d’atelier parfois mal frappées, ou poinçonnées après coup, demandent une lecture attentive du revers. Le différent de Pau, la vache, reste un repère attendu pour qui trie des lots de doubles sols constitutionnels.
Après 1793, la fin du type
Les dernières frappes connues du Double sol constitutionnel au faisceau - Louis XVI datent de 1793, l’année où la monarchie s’effondre définitivement le 10 août 1792 et où Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793. La production de l’atelier de Paris pour cette année reste sans tirage documenté, et plusieurs ateliers cessent leur activité sans relevé. Le type au faisceau, avec son roi désormais honni, ne peut survivre à la République proclamée le 22 septembre 1792. Les monnaies républicaines qui suivent reprennent parfois les mêmes symboles civiques, mais débarrassés du portrait royal, et c’est un autre chapitre de la numismatique révolutionnaire qui s’ouvre.