Un profil de Louis XVI signé Dupré
L’avers de la pièce de 3 deniers ou liard constitutionnel - Louis XVI 1792 montre un buste de Louis XVI tourné vers la gauche, tête nue, les cheveux noués d’un ruban et retombant sur la nuque. Le portrait est l’œuvre de Jean-Pierre Droz [À VÉRIFIER], alors graveur général des monnaies, dont la manière se reconnaît au modelé ferme du visage et au rendu soigné de la chevelure. La légende qui ceint le buste, « LOUIS XVI ROI DES FRANÇOIS », marque une rupture discrète mais réelle : le souverain n’est plus « roi de France » par la grâce de Dieu, il est roi des Français, formule que la Constitution de 1791 a imposée. Le grènetis, ce chapelet de petits points qui court le long du listel (le bourrelet circulaire en bord de flan), ferme proprement le champ. Aucune signature de graveur n’apparaît sous le buste sur ce type, ce qui distingue la pièce des essais et des frappes de prestige contemporains où Droz ou Augustin Dupré apposaient leur nom.
Ce que la monarchie constitutionnelle voulait mettre dans nos poches
La frappe de 1792 intervient dans un moment de bascule. La monarchie absolue a vécu ; l’Assemblée nationale constituante a réorganisé le royaume, la monnaie comprise. Le système révolutionnaire qui se met en place choisit le métal commun pour les menues transactions, ce qui correspond à un besoin quotidien : le petit peuple manipule du billon et du cuivre bien plus que de l’argent fin. Le liard, valant trois deniers, appartient à cette monnaie d’appoint que l’on utilise pour acheter un pain, un verre de vin ou régler une journée de transport. Le mot « constitutionnel » s’est imposé dans le langage des collectionneurs pour désigner les monnaies frappées sous le régime issu de la Constitution de 1791, entre la fin de l’Ancien Régime monétaire et la République. La pièce de 3 deniers ou liard constitutionnel - Louis XVI 1792 est donc un jalon précis : elle porte encore le visage du roi, mais son titre et son statut juridique ont déjà changé de nature.
Le revers : la couronne et la lettre d’atelier
Le revers abandonne les armoiries complexes de l’Ancien Régime. On y voit, au centre, un faisceau de trois lis [À VÉRIFIER], surmonté d’une couronne, avec la valeur « 3 DENIERS » inscrite dans le champ et la mention « FRANÇOIS » [À VÉRIFIER] selon les variantes. La date 1792 figure en exergue, c’est-à-dire dans la partie basse du revers, sous le motif principal. La lettre d’atelier BB apparaît à un emplacement déterminé par le type, permettant d’identifier Strasbourg comme lieu de frappe. Cette lettre est un code : à Paris correspondait un A, à Strasbourg un BB, à Lyon un D, et ainsi de suite pour chaque atelier monétaire du royaume. Les collectionneurs qui cherchent un « 3 deniers ou liard constitutionnel - Louis XVI atelier BB » savent donc qu’ils ont affaire à une pièce sortie des presses strasbourgeoises, ce qui restreint sérieusement le champ des recherches.
Un seul atelier, un tirage modeste
Strasbourg est le seul atelier mentionné pour cette variante « FRANÇOIS » du liard constitutionnel, avec 80 150 exemplaires produits en 1792. C’est peu à l’échelle des émissions monétaires de l’époque, où certaines espèces se comptaient en millions. Cette rareté relative s’explique par la situation de la frontière de l’Est : la ville, menacée par les armées coalisées dès le printemps 1792, a frappé dans une urgence qui n’a pas permis de longs tirages. La production strasbourgeoise de liards répondait d’abord à un besoin local de monnaie divisionnaire, alors que les assignats, papier-monnaie émis par l’État, circulaient mal pour les petites coupures et que le billon se raréfiait. Un tirage de 80 150 pièces laisse entrevoir une diffusion essentiellement régionale, dans un rayon d’usage autour de Strasbourg et de sa province.
Cuivre, 3,5 grammes : le poids du quotidien
Avec ses 3,5 grammes de cuivre pur et ses 22 millimètres de diamètre, le liard constitutionnel est une pièce légère, taillée pour la circulation ordinaire. Le cuivre n’a aucune valeur intrinsèque comparable à celle de l’argent : sa valeur est celle que l’État lui assigne, et son pouvoir d’achat repose sur la confiance dans la monnaie. Trois deniers, c’est le douzième d’un sou, le quart d’un liard de l’Ancien Régime [À VÉRIFIER]. Un ouvrier pouvait recevoir sa paie en monnaie de billon et de cuivre pour les menus règlements, mais les salaires journaliers se comptaient en sous et en livres. Le liard servait à compléter un paiement, à rendre la monnaie sur une petite pièce. Sa modeste valeur ne l’empêchait pas d’être thésaurisée : dans les campagnes, on gardait les pièces de cuivre pour les périodes de disette monétaire, ce qui explique que certaines soient parvenues jusqu’à nous dans un état de conservation étonnant.
Variantes et détails qui font la différence
Sur ce type, les points d’attention des numismates sont précis. La tranche du liard constitutionnel est généralement lisse, contrairement à certaines monnaies d’argent qui portent une inscription en relief ou en creux. Le listel et le grènetis peuvent présenter des irrégularités selon l’état du carré (le coin monétaire) et l’usure des presses, ce qui aide à distinguer les frappes précoces des frappes tardives. La variante « FRANÇOIS » par opposition à une variante « FRANÇAIS » [À VÉRIFIER] constitue elle-même un critère d’identification. La lettre d’atelier BB peut être positionnée différemment selon les coins, et les retouches de coin, visibles par des traits plus épais ou des reliefs écrasés, intéressent les spécialistes de la production strasbourgeoise. Le millésime 1792 est le seul connu pour cette variante, ce qui facilite l’identification mais réduit la variété des exemplaires.
Après 1792, la fin du portrait royal
L’année 1792 emporte le régime lui-même. La monarchie constitutionnelle s’effondre le 10 août, la République est proclamée le 22 septembre, et Louis XVI est exécuté en janvier 1793. Les monnaies au portrait du roi cessent naturellement d’être frappées. Le liard constitutionnel de Strasbourg devient alors un objet de transition : trop royal pour la République naissante, trop récent pour être fondu massivement, il a circulé quelque temps encore avant d’être remplacé par les monnaies républicaines, où l’effigie du souverain laisse la place à des allégories comme la Liberté ou l’Égalité. La pièce de 3 deniers ou liard constitutionnel - Louis XVI 1792 reste, dans les collections, un marqueur de cet instant précis où la France essayait de faire tenir ensemble un roi et une constitution sur une pièce de cuivre de 3,5 grammes.