La pièce de 5 francs Cérès frappée sous le Gouvernement de Défense nationale, en 1870 et 1871, est une monnaie en argent de 25 grammes émise pendant la guerre franco-prussienne, alors que l’Empire vient de tomber et que le gouvernement provisoire tente de maintenir la frappe monétaire. Sa particularité tient à son avers sans légende : le mot « Empire » a disparu, mais aucun nouveau libellé politique n’a encore été adopté. Elle constitue aujourd’hui l’une des pièces de 5 francs Cérès les plus recherchées par les collectionneurs.
Un type signé Oudiné, hérité de la Deuxième République
Le visage qui orne cette pièce n’a rien de nouveau en 1870. Il a été dessiné par Eugène-André Oudiné [À VÉRIFIER], graveur qui avait déjà signé le type Cérès pour la Deuxième République en 1849. La figure représente Cérès, déesse romaine des moissons, couronnée d’épis de blé et de feuilles. Ce choix d’une allégorie agricole plutôt que d’un souverain permettait, à l’origine, de représenter la République sans portrait d’homme politique.
Le type Cérès connaît une carrière mouvementée. Adopté en 1849, il est remplacé sous le Second Empire par le portrait de Napoléon III. Quand l’Empire s’effondre à Sedan en septembre 1870, le nouveau gouvernement reprend le dessin d’Oudiné. Il faut aller vite, et le matériel de gravure disponible permet de réutiliser ce modèle républicain. Le résultat est une pièce à la fois ancienne et nouvelle, dont le dessin date de 1849 mais dont la frappe appartient à un régime provisoire.
Les collectionneurs distinguent plusieurs états du coin : la chevelure de Cérès, la position des épis, la forme du chignon varient selon les coins utilisés. Ces retouches expliquent en partie le nombre de variantes relevées à Bordeaux en 1870.
Une effigie de Cérès sans couronne impériale
L’avers montre donc le buste de Cérès tourné vers la droite. La déesse porte une couronne d’épis de blé, de pavot et d’olivier [À VÉRIFIER pour la composition exacte], avec un chignon où les cheveux sont retenus. Autour du buste, un grènetis, c’est-à-dire un cercle de petits points en relief qui protège le champ de la monnaie de l’usure et des chocs.
L’inscription circulaire se limite à « REPUBLIQUE FRANCAISE ». Aucun texte ne mentionne le régime en place : ni « Empire », ni « Défense nationale ». C’est précisément cette absence de légende impériale qui caractérise la variante décrite ici. Le mot « République » figure en revanche bien sur la pièce, ce qui rattache le type à la tradition républicaine de 1848.
La signature du graveur apparaît en petits caractères sous le buste, généralement « OUDINE » suivi d’un point ou d’un symbole. Les collectionneurs vérifient cette signature pour identifier les coins et repérer les variantes.
Le revers : valeur, millésime et lettre d’atelier
Le revers reçoit la valeur faciale « 5 FRANCS » au centre, entourée d’une couronne de deux branches, l’une de chêne et l’autre d’olivier, nouées en bas. Au-dessus, la légende « REPUBLIQUE FRANCAISE » [À VÉRIFIER : la disposition exacte entre avers et revers]. En bas, l’exergue, cet espace réservé sous le motif principal, porte le millésime : 1870 ou 1871.
La lettre d’atelier se glisse près du millésime ou sous la couronne. Un « A » désigne Paris, un « K » désigne Bordeaux. Ces lettres permettent d’identifier où la pièce a été frappée. Le différent du directeur monétaire et celui du graveur général apparaissent parfois de part et d’autre du millésime, selon les ateliers.
Le poids de 25 grammes correspond à la norme des monnaies de 5 francs en argent du système germinal, avec un titre de 900 millièmes. Le diamètre de 37 millimètres en fait une pièce large, qui tient mal dans une petite main. La tranche porte une inscription en relief, généralement « DIEU PROTEGE LA FRANCE », héritée des types précédents [À VÉRIFIER pour la période exacte].
Bordeaux, principal atelier d’une France occupée
La production se répartit entre Paris et Bordeaux, avec des volumes très inégaux. Bordeaux, identifié par la lettre K, frappe 569 662 exemplaires en 1870 et 604 313 en 1871, soit un total supérieur à un million pour cet atelier seul. Paris affiche un tirage inconnu pour 1870, et rien n’est signalé pour 1871.
Cette concentration sur Bordeaux s’explique par la guerre. Paris est assiégée à partir de septembre 1870, et l’atelier de la capitale tourne au ralenti ou s’arrête. Le gouvernement se replie à Tours puis à Bordeaux, et l’atelier bordelais devient le principal centre de frappe monétaire du pays.
Sept variantes sont recensées pour la frappe bordelaise de 1870. Elles portent sur des détails de gravure : forme des épis, position de la signature, ponctuation de la légende, orientation de la lettre d’atelier. Certaines résultent de coins usés ou retouchés en cours de production.
Le tirage total connu, toutes variantes et tous ateliers confondus, atteint 1 173 975 exemplaires. Ce chiffre reste modeste en regard des frappes de 5 francs Napoléon III, qui se comptent en millions.
Une pièce de 5 francs pour les grosses dépenses
Avec 25 grammes d’argent, cette pièce représentait une somme importante pour un ouvrier de 1870. Le salaire journalier moyen se situe alors autour de 3 à 4 francs [À VÉRIFIER pour les chiffres précis], ce qui signifie qu’une seule pièce de 5 francs dépassait une journée de travail. On l’utilisait pour les paiements importants : loyer, achat de vêtements, règlement d’une dette. Dans les campagnes, elle circulait moins que les pièces de 1 et 2 francs.
La période de frappe, très courte, et le contexte d’occupation expliquent aussi que cette monnaie n’a pas eu le temps de s’installer dans les habitudes. Beaucoup d’exemplaires ont été thésaurisés, puis refondus lors des crises monétaires ultérieures.
Après la Défense nationale, la Cérès reste
Le type Cérès survit à la période trouble. La Troisième République, installée durablement à partir de 1871, reprend le même dessin pour les émissions suivantes, avec cette fois la mention « République française » clairement assumée et parfois des légendes différentes. La pièce de 5 francs Cérès 1870 sans légende impériale reste donc un jalon : elle marque le passage entre l’Empire disparu et la République qui s’installe, sans avoir eu le temps d’affirmer son propre vocabulaire monétaire.